‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 14 sur 64 · SA^Y · texte numérisé non relu

SA^Y

Pauvrei pauvre chéri!

GEORGES

En outre, je suis pourri de dettes. Notre appartement, notre petit nid, n'est pas encore payé; le tapissier est capable de reprendre ses meublés! J'en ferai une maladie.

SAZY

Mon pauvre chéri! — Ëmbrasse-moi, embrasse-moi vite, là ; tu n'as pas de moustaches, tô!, au moins.

GÈÔJIiOÈft Tu dis?

SAZY

Rien, rien... Je ne veux pas penser à tout ça, c'est trop

triste. Voyons, vite, réfléchissons... Qu'est-ce qu'on peut faire? As-tu une idée?

GEORGES

J'en ai bien une, une toute petite, que m'a suggérée Sigisford. Mais elle est impraticable.

SAZY Dis toujours.

GEORGES

A quoi bon? H me faudrait des capitaux et je n'en ai pas.

SAZY

Mais puisqu'on te dit de dire toujours, grand'bete!

GEORGES

Eh bien, voilà! Sigisford ne veut plus de moi comme employé à gros appointements, mais il me prendrait volontiers comme associé si je lui apportais des fonds; ça permettrait de relancer la maison. Tu comprends?

SAZY Trèi bien. Va donc!

GEORGES Il ne me reste plus qu'à trouver un commanditaire.

Quelle somme faudrait-il?

GEORGES

Cent mille francs.

SAZY

Fichtre !

GEORGES

Ce serait, d'ailleurs, un placement de premier ordre; je donnerais des int;,érêts magnifiques.

SAZY Et lu serais tiré d'affaire?

GEORGES

Je le crois, pour le restant de nos jours.

SAZY

Ah! — Eh bien mon petit Georget, je ne peux pas t'assurer, tu comprends, que je vais te trouver cent mille francs comme cela; je ne les ai pas dans ma table de nuit; mais je vais faire l'impossible pour te les procurer.

GEORGES

Si tu* réussissais, tu serais une chérie de chérie.

SAZY

Tu m'adorerais, hein?

GEORGES

Je n'ai pas besoin de cela pour t'aimer. Mais j'aurais au moins la tranquillité nécessaire...

SAZY

Pour me le prouver? C'est vrai, d'ailleurs. Un amant préoccupé est un amant que nous n'occupons plus assez. — Comme j'ai été ennuyée, mon cher petit, d'être souffrante aujourd'hui!... Tu sais, il ne faut pas m'en vouloir; ce n'est pas de ma faute^ "

GEORGES

Moi, t'en vouloir! Te vouloir, toujours! T'en vouloir, jamais. {Il saute du lit) Je m'en vais.

SAZY

J*aî des rendez-vous importants; je suis venu te voir, parce que je ne voulais pas t* écrire à ce sujet et que Je mourais d'inquiétude. Permets-moi de filer maintenant; je suis en retard.

SAZY

Va, mon chéri! je ne veux pas te causer le plus petit dérangement. Embrasse un peu ta Zizi, comme si tu ne dev^i^ plus r^mbra^sçr jamais. (// I*(;rn&ra^ longuement) Ohl p^tit, petit.

GEORGJEia Je fadorel

SAZY

Je ne t'en demande pas tant, Georget; aime-moi seulement, mais bien! {Il Vembrasit,) Sale gosse, va!... Chut! attention!

scBm VI

Les mêmes. FRANÇOIS

FRANÇOIS

Madame Salanzy et M. Jack sont là.

SAZY

Vous allez reconduire monsieur et vous ferez entrer ma m^e et Jack.

FRANÇOIS

Et ces messieurs qui sont dans la bibliothèque)

SAZY

Tout à rheure«.. Qu'est-ce qu'ils foîit?

FRANÇOIS

Ils jouent à^ celui qui trouvera Ip plus c|c villes commençant par la lettre P.

SAZY, riani

Bien! qu'ils continuent... Ahl dites-leur de ne pas oublier Paris... ils en seraient capables; ça s'est vu et c: serait honteux. {François sort.) —7- Au levoir, moi Georges.

C£0BG£3t hi baisant la main

A demain... P|SQ|e ay:^ ç^çt mille.

Bien sûr. A demain...

Georges sort.

SÇË,NE, VU SAZY. puis MADAME SALANZY et JACK

SAZY, prend sa glace et se sourit ai^ec complaisimee

Hfureusenent j'étais jolie I Et je ne l'attendais pas!

Entrent td^Liome Salanzy et Jack»

MADAME SALANZY

Rien de grave, au moins, S^zy?

Rais?urez-V9u$, niai fflèrç* \»e vmpU TOÎ^ftinç, Eh bien, Jack...

JACK, hésitant

J'peux, maman...

SAZY

Mais oui, on te permet, petit serin, (/act se précipite,) Hé là! modère-toi, mon chéri; tu vas me faire mal.

MADAME SALANZY

Jack!

SAZY

Ne le grondez pas, ma mère. C*e«t de son âge. Vieps là, Jack.

Elle hii fait signe de s'asseoir sur son lit, Jack hésite*

MADAME SALANZY

Ce n*est pas convenable, Sazy.

SAZY

Jack ne peut pas s'asseoir sur le lit de sa sœur?

MADAME SALANZY

Il sera tout aussi bien sur une chaise.

SAZY

II sera trop loin de moi... Tiens, assieds-toi là, à cette place.

Jack, s'assey^ant à la même place que Georges C'est drôle, on dirait qu'elle est toute chaude.

SAZY, un peu gênée

Mais non, mais non... Montre-toi voir un peu, Jack; tu as bonne mine. Et moi, comment me trouves-tu?

JACK

Je te trouve très jolie, et je trouve aussi que ça sent tris bon chez toi.

MADAME SALANZY

Jack! Un garçon bien élevé ne doit pas remarquer si ça sent bon ou mauvais autour de lui.

SAZY

Ma mère, laissez-Ie donc parler à son aise... Je le vols si rarement, ce petit. Alors, tu es content que je sois ta sœur?

JACK

Je serais plus content si tu Tétais plus souvent.

SAZY

Ahl ça, c'est gentil, Jack! Vous voyez, ,ma mère. Tiens, embrasse-moi pour cette bonne parole.

MADAME SALANZY

Inutile! Jack vous embrassera, Sazy, quand' il vous dira adieu.

Saz^ Vembrasse sans répondre»

SAZY, à Jack C'est bon?

JACK Ohl oui!

MADAME SALANZY

Je VOUS avais bien dit que vous mc^ feriez regretter de vous l'avoir amené, Sazy.

JACK, prenant une petite boîte sur la table de nuit Qu'est-ce que c'est que ça?

MADAME SALANZY

Jack, si vous ne restez pas tranquille, je vous emmène tout de suite.

go LES AMANTS DE SAZY

SAZY

Cest de la poudre de riz; veux-tu que je t'en mette?

JACK

JVeux bien.

Elle lui passe la houppette sur la figure.

SAZY

Ça te plaît?

JACK

Oui, ça fait doux.

MADAME SALANZY. très guindée

Heureusement ces inconvenances ne se renouvelleront plus, Jack; dans huit jours, vous serez en bonnes mains.

SAZY

C'est vrai, mon pauvre chéri! tu vas t'en aller en Angleterre; tu dois être content de voyager, hein?

JACK J'aimerais mieux rester ici.

SAZY

Tu as tort. D'abord tu verras un pays nouveau; et puis, tu apprendras à fond l'anglais, que tu parles à peine.

JACK, résolument

Non.

SAZY

Comment, tu n'apprendras pas l'anglais?

JACK

Non, j'veux pas, c'est une langue qui m'ennuie.

LES AMANTS DE SAZY êi

SAZY

CommeDt peux-tu le savoir? tu le baragouiiifs, mais tu ne le connais pas.

JAÇK

Justement. Tout c'que je s'^çan^i^ j^» j^'i^mw-

MADAME SALANZY

Vqus vpyez, 3azy, combien votre frère a besoin d'être sérieusement et sévèrement surveillé...

Sans doute, ma loère» sam douie... Mais, dis-moi, Jack, tu n'as pas de chagrin au ijdoins de partir?

JACK, se contenant par amour-propre

J'aurais du chagrin si j'voulais, mais jVeux pas avoir de cfaagria.

SAZY, gentiment Pauvre petit Jack, si j'avais su!

MADAMÇ: 3ALAN;&y, intervenant

Il est tout naturel que Jack éprouve de la peine de quitter eeu?c qui l'aijaienjt; «ci^ls dans l'intérêt de son avenir...

SAZY

Dire que c'est toujours ^vec notre avenir qu'on trouve moyen de nous gâcher le présent! Enfin, Jack, il ne faut pas m'^i vouloir; c'est pour ton bien qu'un de mes amis est allé en Angleterre te choisir une excellente pension où tu seras lé mieux du monde.

Jack, sournoisement, mais doucereusement Ab} c'est un d'tts amis qui a fait ça! Lequel, dis?

SAZY

Tu peux le voir, il est justement ici ; tu le remercieras gentiment, n'est-ce pas?

JACK

Oui, oui, sois tranquille.

Elle sonne, SAZY

Maintenant descends et assieds-toi là. Allons! Sois raisonnable !

Il s^ assied à califourchon sur une chaise.

MADAME SALANZY

Pas comme cela. Voulez-vous bien vous tenir ou je vous emmène?

JACK

Oh! quelle scie! On n*peut rien faire comme on veut!

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