‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 27 sur 64 · SCÈNE IX SAZY. SANTIERNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX SAZY. SANTIERNE

SAZY

Elh! bien, tu es content! tu as fait du joli ouVraga! Tout ce grabuge, cette maison sens dessus dessous» c'est

à toi que nous le devons... Si tu ne m'as pas encore brouillée avec Gorgeron, ce n*est pas de ta faute. Pour le des Bornettes, c'est déjà fait; d'ailleurs ça m'est égal, il m'assommait! Ahl j'ai eu une fameuse idée, le jour où je t'ai installé chez moi... Eh bien! voyons; dis quelque chose; ne reste pas là comme un empoté à me regarder avec ton éternel^ sourire insolent. Interromps-moi au moins.

SANTIERNE, très posément

Ma petite Sazy, calme-toi, je t'en supplie. Il n'y a rien de grave dans tout cela, si ce n'est l'état de tes nerfs. Nous avons tous des torts; j'ai les plus grands, j^en conviens; mais quand je l'aurai reconnu, c'est tout ce que je pourrai faire pour toi. Comment veux-tu que je les ,répare?

SAZY. rageant

Tu t'en iras. Je ne veux pas te garder un jour d« plus auprès de moi, chez moi. Tu ni'exaspères.

SANTIERNE

Ecoute. Tant que je t'ai fait la cour, tu avais le droit de m'envoyer promener; j'étais évidemment insupportar ble. Mais maintenant que j'ai cessé de t'embêter et que je suis devenu sage, je trouve ton emportement injustifié. Je te le dis tout doucement.

SAZY, violente Injustifié I Et l'histoire de Manette?

SANTIERNE

Puisqu'elle s'en val

SAZY

Admirable! Et tu croîs que ça excuse ta conduite! Je t'avais prévenu; je t'avais signifié de ne pas me débau-

m^mmmm •^M*te«»«»^»« •••■•• ••• »M~ > '— ' ' I ! ' ■ " 1 ' i n mT~tn l ~~T — 1 ■•■

cher Manette. Tu n'ais rien eu de plus pressé que 4^ courir après elle. Alors tu ne trouves pas cela répugnant?

SANTIERNE

Non. Il y avait d'abord la volupté de désobéir. Tu avais vraiment trop de plaisir à défendre. Il ne fallait pas me tenter. Et puis Manette n*était nullement une novice; elle savait fort bien ce qu'elle faisait. Enfin, s'il faut tout dire, c'est toi qui m'as poussé vers elle en excitant moa dépit par ton indifférence et ma jalousie par l'intérêt passionné que tu portais, à la cantonade, à un sacré petit monsieur, le moins chocolat des quatre dans toute cette affaire. Crois-moi, un plus sage eût succombé I

SAZY

Alors tu n'as même pas l'excuse d'avoir aimé Manette?

' D'amour, non; à ce moment-là, je t'aimais et je n'aimais que toi. — Depuis c'est une autre affaire. — J'ai eu à certaines heures, je l'avoue, un goût assez vif pour Manette, mais on peut fort bien aimer une femme et en désirer une autre.

SAZY

C'est du propre.

SANTIERNE

C'est les honunes. {Un temps,) Les femmes d'ailleurs ne valent pas mieux. Même les hommes sont susceptibles à la longue de devenir sages, ce qui n'est guère donné aux femmes. Depuis Manette, je suis devenu fataliste.

SAZY C'est-à-dire?

•>^ SANTIERNE

Que j'accepte d'un cœur résigné la perspective de cou-

cher 90\xi les pcMiU et de vivre avec les vingt eentimes par jour don! je taperai le public au nom de Tliumanité, la mendicité étant la dernière ressource des philosophes trop fiers pour condescendre à travailler.

SAZY

Es-tu assez poseur!

Ça n'a aucune espèce d'importance; Iliomme pose et Dieu dispose.

SAZY

Et tu es content de toi?

SANTIERNE

Non, je suis content de n'être pas trop mécontent des autres.

SAZY, 1res nerveuse

Oui, comme dit ma manucure, tu parles mieux qu'un cheval, mais tu cours moins vite.

SANTIERNE, fiant Drôle!

SAZY, furieuse Ne ris pas.

SANTIERNE, s'csclajfant

C'est plus fort que moi! Je trouve ce mot très drôle, excessivement drôle!

SAZY, se montant Je te dis de ne pas rire. Ton rire m'énerve.

SANTIERNE, se tordant

Pardonne-moi, je ne peux pas m'en empêcher; je Kns 9ue je vais rire aux larmes. .

SAZY, exaspérée

Si tu ne' t'&jrrêtès pas, je te juré... (Il pleure de rire. Elle te gifle,) Tiens, tu ne l'as pa» voléî

SANTIERNE, riant encore Seigneur, que votre volcmté soit faite!

SAZt, hors d'elle Cochon !

SANTIERNE. jo^eux

Ahl Tu m*aimes, Sazy, j*en suis sûr; je viens de retrouver ixia Sa2y d'autrefois. Tu m'aimes.

SAZY

Compte là-dessus; je te déteste.

SANTIERNE

C'est presque la même chose.

SAZY Oui, chéri. — Quand t'en vas-tu?

SANTIERNE

Quand tu voudras. Ce soir, si cela te fait plaisir.

SAZY

Pas ce soir! Tout de suite. Tu entends tout de suite; je ne veux plus té voir; tu me mets hors de moi.

SANTIERNE

Laisse-moi le temps de faire ma malle et de proidie congé.

SAZY

Inutile^

SANTIERNE

Sazy, je suis ffiche d'avoir à te désobéir pour la der* nière fois; mais je ne m'en irai pas d*ioi sans avoir fait mes adieux à Gorgeron et embrassé Jack. Ils vont être désolés tous les deux, chacun à sa façon. Je regrette un si brusque dénouement. Jack savait, déjà ses rois de France et la plupart de ses départements...

SAZY

Vraiment?

SANTIERNE

II était à la veille d'apprendre les affluents de la Seine. La Seine! Te rappelles-tu la villa que nous avions à Chatou, dans le temps?

SAZY

Il ne s'agit pas de cela!

SANTIERNE

Evidemment! — Voyons! Tu devrais bien me dire ça maintenant, puisque nous allons nous quitter définitivement; est-ce que, en ce temps-là où j'étais pour toi quelque chose comme Gorgeron, il y avait déjà dans la coulisse un petit jeune homme pour lequel tu avais des faiblesses... je veux dire des bontés?

SAZY, rageuse

Ah! je te crois! Tu ne l'as pas été moins que les autres !

SANTIERNE

Tant mieux! Tant mieux! ça m'aurait désobligé. Je n'aime pas être épargné. Maintenant je m'en vais rassuré. Je tenais beaucoup à ce détail rétrospectif. A tout à l'heure. Je monte faire mes malles.

SAZY. hésitante Attends!

SANTIERNE Quoi> une autre gifle?

SAZY

Non, rien, va, va! Décidément ton ironie et ton sourire m'exaspèrent... Attends! oh! mon Dieu, que je suis énervée! je voudrais... je voudrais...

SANTIERNE, la prenant vivement et lui fermant la bouche

d*un long baiser

Je sais bien ce que tu veux, Sazy!

SAZY, pleurant de colère

Oh! maintenant tu t*en iras, tu t*en- iras! C'est ça que je veux, que je t'ordonne, tu entends; tu n'es ici qu'un domestique comme les autres et je te chasse.

SANTIERNE, 5* inclinant

Je pourrais réclamer mes huit jours; je t'en fais grâce.

Il sort.

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