‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 34 sur 64 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

CLOTILDE. HELLOUIN

HELLOUIN

II y a quelque temps déjà, n'est-ce pas, que vous n'avez pas vu Lucienne?

CLOTILDE

En effet!

HELLOUIN

Oui, je sais, elle n'a pas eu de chance avec vous. Elle est venue plusieurs fois vous voir, sans avoir le plaisir de vous rencontrer.

CLOTILDE, interdite C'est cela.

HELLOUIN, souriant

Soit dit sans reproches, vous sortez beaucoup cette année, ma chère Clotilde.

CLOTILDE, souriant Peut-être,

HELLOUIN

Ce n'est pas gentil ; vous négligez vos amies, du moins vos amies anciennes.

CLOTILDE, souriant Croyez-vous?

Hf;LLOUlN

J« Dc crok pdft; je suis sûr; je smU, par mtwxçÀes qu« vous voyez beaucoup cette jeune cantatrice russe.

CLOTILDE

Polonaise, mon cher.

HELLOUIN

Ce n*est donc pas la même chose?

CLOTILDE, souriant

Pas tout à fait!

HELLOUIN

Soit... cette jeune Polonaise donc, qui a eu tant de succès dans les salons, cet hiver...

CLOTILDE Elle a beaucoup de talent.

HELLOUIN

Peut-être, mais surtout elle est étrangère, et ici...

CLOTILDE

Ne continuez pas sur ce ton, je vous en prie, vous me désobligez I

HELLOUIN

Pardon.

CLOTILDE

J'ai, en effet, une grande amitié pour elle, mais j'ai poiu* Lucienne une affection autrement forte et je ne suppose pas qu'elle en ait pris ombrage.

Non, non... elle m'avait parlé de tout cela très sim-

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plement, et c*cst moi qui. je ne sais x)ourquoi. peut-être parce que je suis plus jaloux pour elle de ses amies qu'elle ne Test elle-même, c est moi qui me suis permis stupidement... si, si... stupidement, de vous taquiner. Encore une fois, pardon.

CLOTiLpE, riant

C'est maintenant que vous êtes stupidel

Elle lui offre des bonbons,

HELLOUIN

Et vous, charmante... D'ailleurs, je vais, je vais, et j'oublie le principal. Lucienne m'a chargé pour vous d'une commission.

CLOTILDE, émue

Ahl

HELLOUIN

Oui, si vous êtes libre, elle viendra vous voir tout à l'heure, et restera une partie de l'après-midi avec vous.

CLOTILDE, à mî-Voix

Enfin! (Haut) Je serai très, très contente de la voir. Certainement, je vais l'attendre. Je ne sortirai pas de la journée.

Cela ne vous dérange pas, au moins?

CLOTILDE

Vous plaisantez!... et quand cela me dérangerait! D'ailleurs, rassurez-vous, j'aurais dû, de toute façon, être rentrée à cinq heures. J'ai rendez-vous avec... ma Russe.

HELLOUIN

Cett ÇA, moquéehvousl Je le mérite. (/[ r^ctfie sa montre^) Morain va me mettre en retard.

\n CŒUft A CŒUR

CLOTILDE

Bah! Landelle attendra. D*aiIIeur^, ce ne doit pas être un homme exact. {Indifférence jouée,) Est-ce que vous le voyez beaucoup?

HELLOUIN

Je le vois. Beaucoup? non. Vous savez, j'ai de nombreux vices; j'explore Tantiquaire; j'écume l'Hôtel des Ventes; je déniche, je force le bibelot; d'autre part, je suis très sportif : je fais des armes, du tir, de la boxe, du golf, du tennis, du polo, du rowing...

CLOTILDE, riant N'en jetez plus!

HELLOUIN

II me reste finalement très peu de temps pour les relations.

Landelle n'est donc pas votre ami?

HELLOUIN

Au sens boulevardier, si, si. Il dîne chez moi de temps à autre; nous allons parfois au théâtre et nous soupons ensemble; nous nous rencontrons aussi au cercle et à la salle. Tenez, nous sonmies assez exactement en traitement mondain à Paris; nous nous retrouvons dans la journée à la buvette de l'établissement et le soir au Casino. Voilà. Des baigneurs qui lisent le même journal et ont le même masseur, c'est assez ça.

CLOTILDE Enfin, vous ne l'aimez pas?

CŒURiA CCEUR IW

HELLOUIN, riant

D'amour > Non, je vous jure. Cela dit, il De me déplaît pas. Il est d'excellente famille. Il est non seulement sportman, mais sportif, nuance sympathique; grand coureur de femmes, soit! mais discret, ce qui est rare par le temps qui court. Son insolence lui donne quelque allure. Je le crois courageux. En tout cas, il est bien élevé, peu bavard, pas médisant. Eh! eh! ici, ce sont presque des qualités.

CLOTILDE Négatives.

HELLOUIN

L'époque n'en accepte plus d'autres... Peut-on savoir la raison de cet interrogatoire?

CLOTILDE L'intérêt.

Que vous lui portez?

CLOTILDE Non, que je vous porte.

HELLOUIN

Vous n'avez pas l'air d'avoir pour Landellc une de ces passions?

CLOTILDE

Non, certes.

Et pourquoi?

Pour rien.

HELLOUIN

Vous, vous avez à son sujet une arrière-pensée?

HELLOUIN CLOTILDE

CLOTILDE

Non, ne cherchez pas. II n*a pas ma sympathie, voilà tout

HELLOUIN

Eh! mais! c'est très grave.

Oh!

SCËNE IV Les mêmes, MORAIN

MORAIN Prêt... Je n'ai pas été long?

HELLOUIN

Pas assez.

MORAIN

Je peux rechanger de vêtement.

HELLOUIN Non! non! Fichtre! Quatre heures moins un quart.

x:lotilde

Revenez donc tout à l'heure prendre le thé avec Lucienne et moi.

HELLOUIN

Excellente idée.

CLOTILDE Je t'ous présenterai à... ma Russe. Elle sera là.

HELLOUIN Je ne demande pas mieux. Ça m'amusera.

Elle vous chantera du Schumann, du Schubert, du Fauré, du Moussorgsky; vous verrez, vous en raffolerez. Allons, je compte sur vous deux.

MORAIN

Oh! moi, je ne promets pas.. La musique! Enfin, nous verrons.

HELLOUIN

A tout à l'heure.

Ils sortent.

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