SCÈNE V SANTIERNE. SAZY
SAZY, lui tendar\i la main
Ça y est I Cobaye qui s'en dédit! Te voilà installé officiellement Je vais voir tout à l'heure Gorgeron, ministre de mon intérieur, et tâcher de t'obtenir des appoin-^ tements dignes de toi^.. dignes de nous. Combien te faut-* S par mois?
SANTIERNE, g&ié
Fixe toi-m&ne. Tu comprends, moi, c'est très délicat; je ne sais pas combien peuvent valoir les service* que
je suis appelé à te rendre. Apprécie... Estime... C'est toi que ça regarde»
SAZY
Tu es bon ! je n*aî jamais eu à mon service un homme qui a été mon amant et qui a possédé soixante mille livres de rentes... C'est assez rare. Voyons I Six cents francs? Huit cents?
SANTIERNE
Mon Dieul Huit cents!
SAZY
Tu les auras. Veux-tu entrer tout de suite en fonction?
SANTIERNE
Mon estomac trouverait prudent de ne pas remettre à demain.
SAZY
SoitI à partir du moment présent, tu es à mes gages. {Elle s* assied,) Attends, il faut que je m'asseye; j'en suis toute chose; c'est si imprévu. J aurai du mal à m* y faire, tu sais, ma vieille.
SANTIERNE
Et moi donc, mon vieux I
SAZY
Oh! toi, tu as été mon amant pendant trois ans; c'est déjà un peu comme si tu avais été à mon service.
SANTIERNE
Sans doute, mais alors, c'était moi qui de te$ désirs faisais des ordres, tandis que maintenant...
SAZY Ce Mra k contraire; dam«f ce sont \e$ inconvénients
du métier. Autre chose. Tu auras une indemnité de logement et coucheras en ville; je ne veux pas t'imposer la sixième et la promiscuité des larbins et des femçies de chambre*
SANTIERNE Tu es gentille...
SAZY
Je vais done l'arranger un* petit appartement... qui pourra me servir au besoin... Tu fais la grimace? Sa-* pristil es^tu ouQ*es-tu pas philosophe?
SANTIERNE
Tu as une. façon de définir la philosophie! Mais sois tranquille, je suis philosophe à edrayer feu Baptiste. Rien ne m*émeut, rien ne me gêne, rien ne me choque» rien ne m'exalte, rien ne m'ennuie.
SAZY* se levant
Tu es bien heureux: on voit que tu n'a$ pas à recevoir un des Bornettes«
SANTIERNE Ne le reçois pas.
SAZY
Impossible. Et si Gargeron mourait demain?
SANTIERNE
Ou te plaquait...
Cela jamais. Je suis sûre de son moral; malheureux sèment il y a le physique qui n'est pas immortel. Parmi les ruptures, c'est encore celle d*un anévrisme qui me paraît le plus à craindre. Je garde donc des Sornettes, qui est une poire, pour la soif future. Seulement, dès main* tenant, je le forme. Ainsi en ce moment il pause... il
50 Les amants de sazy
apprend l'art de la pause. Telle la nèfle sur la paille, ça le mûrit.
SANTIERNE
* Lai«se-inoi t*admirer; tu es belle et ton ame sent bon.
SAZY .
Tant pis pour lui et pour les autres» mon vieux ; je suis une bête de plaisir et ça n'est pas pour mon plaisir ; il est juste que ça ne soit pas non plus tous les jours pour le leur que ces messieurs viennent ici.
SANTIERNE
Décidément, je n'envie pas mes successeurs.
SAZY
Tu as raison, tu as été le mieux partagé. Toi, je t'ai presque aimé. Tu es à peu près le seul homme que j'aie ruiné sans que ça m'ait fait plaisir. Allons, va dans la bibliothèque; si j'ai besoin de toi» je te ferai signet Ah! dis donc; tu m'as eu l'air de tiquer sur Manette, ma femme de chambre; autant que possible* ne me la débauche pas.
^ SANTIERNE
Voyons, Sazy, pour qui me prends-tu ?
SjAZY
Ehl pour un homme qui me vaut et je me connais ; je ne te flatte pas; allons, cochon, embrasse-moi une dernière foia.
SANTIERNE
Ménage-moi; je cuis capable de redevenir amoureux fou de toi.
Tant pis pour toi ! Ce serait bdte.
5ANTIERNE
Ce serait surtout involontaire. Dis-moi, tu aurais encore le cœur de me faire souffrir ?
SAZY
Je n*y résisterais pas si tu souffrais bien.
SANTIERNE
Rassure-toi donc; je suis un vieux monsieur très fatigué et je n*ai plus le moindre goût pour le voyage. N-i-nî, fini, et heureusement! Où irais- je si j'étais encore capable de me monter le job > Non, mais où irais-je, je te le demande ?
SlAZY
Sur son fumier probablement
SANTIERNE
Tris joli. Dis donc, tu me rappelleras quand tu auras besoin de moi. Je vais dans la bibliothèque m*exercer à me faire croire que c*est arrivé. J'ai du mal à m'y faire.
SAZY
Et moi donci Veux-tu me faire le plaisir de sonner ?...
SANTIERNE
C)mment donc! (// laisse machirudemeni son doigt sur le bouton électrique.)
SAZY
Eh bien! assez. Ils ne sont ps^s sourds, tu sais!
SANTIERNE
C'est juste.
Il sort
I ii tËS AMANTS DE SA^Y
SCËNE VI SAZY. FRANÇOIS
François* introduirez M. U vicomto 4c« Bom^ttoi.
FRANÇOIS
Cest qu'au moment où madame sonnait. i|iiidam« Salanzy demandait justement à voir madame.
fllAZY
Maman > Faifes-Ia entrer, François; si le vicomte s*ennuie dans le grand salon, qu'il aille dans le petit où il y a, je crois, un plus gT«^nd nombre de mes photographies.