‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 41 sur 64 · CI-OTILDE · texte numérisé non relu

CI-OTILDE

Calme-toit je t'en prie!

LUCIENNE, vivemertt Tu y crois, toi? Avoue que tu y crois?

CLOTÏLDE

Moi! Tiens, voilà le cas que je fais de tous ces racontars imbéciles et méchants.

Elle hausse les épaul$9*

LUCIENNE, profoniémmt Ah! Clotilde, si tu savais comme j'ai du chagrin I

CLOTILDE

Là, tout de suite I Tiens, tu mériterais...

LUCIENNE, lui fermant la bouche

Tais-toi! Ecoute, tu ne crois pas Sylvain capable de mentir par curiosité?

CLOTILDE

Non. Il est bavard, jég^r, écervclé. Il n'a p^s grand*chose là! {Elle se touche h cœur) et rien du tout îçi. {Elle se touçh$ le fronl) Mais i] p'est pes méchant, ça, noni

LUCIENNE

Alors, c'est rraî. '

CLOTILDE

Mais non, maïs non, ce n'est pas vrai! Un potin! Tu sais ce que c'est qu'un potin. Ça va, ça vient. D'où ça vient-il? Personne ne peut le dire. Où ça va-t-il? Où ça ne devrait pas aller. Ça fait le mal que ça peut sur sa routé, comme une bombe anonyme; ça éclate, ça blesse, ça tue parfois, et ça s'éteint après dans l'indifiérence et dans l'oubli. Tu ne vas pas être assez enfant pour te tourmenter d'un potin?

LUCIENNE Si!

CLOTILDE

Dieu que tu es sotte!

LUCIENNE

On ne dit pas seulement qu'il va se marier; on le dit fiancé et on dit avec qui.

CLOTILDE

Vraiment! et c'est?...

Tu ne devines pas? Oh! Je l'aurais parié! Ton amie, ta chère amie, ma rivale, mon ennemie auprès de tous les gens que j'aime, ta Polonaise, enfin!

CLOTILDE

Anna I {Eclatant de rire.) Ah ! Non I cette fois, laissemoi rire! c'est trop drôle! C'est encore plus bêle que je ne pensais! Anna! Tu aurais dû me le dire tout de suite. Je t'aurais rassurée d'un mot.

LUCIENNE Mais enfin pourquoi pas?

CLOTILDE Parce que... parce que si cela était, je le saurais.

LUCIENNE Ce n'est pas sûr.

CLOTILDE Je suis sa meilleure, sa seule amie.

LUCIENNE

Ce n*est pas une raison. On dit qu'ils sont fiancés secrètement, et qu'ils se marieront, cet été, là-bas, en cachette, honteusement.

CLOTILDE

On dit bien d'autres infamies. Eh bien, moi, je donne un démenti formel à tous ces ragots. Je t'affirme que ce mariage est absurde, qu'il n'en a jamais été question et que, même s'il en a été question — ce qui n'est pas — il ne se fera pas parce qu'il ne peut pas et ne doit pas se faire.

LUCIENNE

Ah! Clotilde, comme je voudrais te croire!

CLOTILDE

Tu peux me croire.

LUCIENNE

C'est que, vois-tu, si je perdais André, je te jure, je n'y survivrais pas.

CLOTILDE Je le sais bien. (On entend un bruit d*auio,) Ce doit

204 , CŒURACCEUR

être die. {Se précipitant à la fenêtre,) Oui, ccst die. Veux-tu que je ne la reçoive paB>

LUCIENNE

Non! Non! au contraire. Reçois-la. je t'en prie. Nous allons savoir.

CLOTILDE

Conunent! ce que je te dis ne te suffit pas?

Non.

CLOTILDE

Alors, il faut?...

LUCIENNE

. Oui, oui interroge-Ia ; je serai plus tranquille après. Mais, quelle que soit sa réponse, jure-moi de me la rapporter fidèlement. Vois-tu, même si c'est vrai, il faudra me le dire. Je serai courageuse. Et puis, au moins, avertie à temps, je pourrai toe défendre contre elle, contre lui, contre moi.

CLOTILDE

Ahl quelle folle tu fais! Eh bien, c'est entendu^ je vais la recevoir, l'interroger, et puisque tu veux savoir, tu sauras, je te' le promets; tu sauras que tu es ime gosse qui a terriblement besoin d'être surveillée et grondée! Allons, entre là, dans ma ckambre. On vient de sonner, dépêche-toi.

LUCIENNE, sortant

Aie pitié de moi, ma petite Clotilde. Sois prompte.

Elle referme la porte sur Lucienne au moment où Ernest annonce,.

ERNEST

Mademoiselle Holska!

CCEUR A CŒUR 2(K

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