CI-OTILDE
Calme-toit je t'en prie!
LUCIENNE, vivemertt Tu y crois, toi? Avoue que tu y crois?
CLOTÏLDE
Moi! Tiens, voilà le cas que je fais de tous ces racontars imbéciles et méchants.
Elle hausse les épaul$9*
LUCIENNE, profoniémmt Ah! Clotilde, si tu savais comme j'ai du chagrin I
CLOTILDE
Là, tout de suite I Tiens, tu mériterais...
LUCIENNE, lui fermant la bouche
Tais-toi! Ecoute, tu ne crois pas Sylvain capable de mentir par curiosité?
CLOTILDE
Non. Il est bavard, jég^r, écervclé. Il n'a p^s grand*chose là! {Elle se touche h cœur) et rien du tout îçi. {Elle se touçh$ le fronl) Mais i] p'est pes méchant, ça, noni
LUCIENNE
Alors, c'est rraî. '
CLOTILDE
Mais non, maïs non, ce n'est pas vrai! Un potin! Tu sais ce que c'est qu'un potin. Ça va, ça vient. D'où ça vient-il? Personne ne peut le dire. Où ça va-t-il? Où ça ne devrait pas aller. Ça fait le mal que ça peut sur sa routé, comme une bombe anonyme; ça éclate, ça blesse, ça tue parfois, et ça s'éteint après dans l'indifiérence et dans l'oubli. Tu ne vas pas être assez enfant pour te tourmenter d'un potin?
LUCIENNE Si!
CLOTILDE
Dieu que tu es sotte!
LUCIENNE
On ne dit pas seulement qu'il va se marier; on le dit fiancé et on dit avec qui.
CLOTILDE
Vraiment! et c'est?...
Tu ne devines pas? Oh! Je l'aurais parié! Ton amie, ta chère amie, ma rivale, mon ennemie auprès de tous les gens que j'aime, ta Polonaise, enfin!
CLOTILDE
Anna I {Eclatant de rire.) Ah ! Non I cette fois, laissemoi rire! c'est trop drôle! C'est encore plus bêle que je ne pensais! Anna! Tu aurais dû me le dire tout de suite. Je t'aurais rassurée d'un mot.
LUCIENNE Mais enfin pourquoi pas?
CLOTILDE Parce que... parce que si cela était, je le saurais.
LUCIENNE Ce n'est pas sûr.
CLOTILDE Je suis sa meilleure, sa seule amie.
LUCIENNE
Ce n*est pas une raison. On dit qu'ils sont fiancés secrètement, et qu'ils se marieront, cet été, là-bas, en cachette, honteusement.
CLOTILDE
On dit bien d'autres infamies. Eh bien, moi, je donne un démenti formel à tous ces ragots. Je t'affirme que ce mariage est absurde, qu'il n'en a jamais été question et que, même s'il en a été question — ce qui n'est pas — il ne se fera pas parce qu'il ne peut pas et ne doit pas se faire.
LUCIENNE
Ah! Clotilde, comme je voudrais te croire!
CLOTILDE
Tu peux me croire.
LUCIENNE
C'est que, vois-tu, si je perdais André, je te jure, je n'y survivrais pas.
CLOTILDE Je le sais bien. (On entend un bruit d*auio,) Ce doit
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être die. {Se précipitant à la fenêtre,) Oui, ccst die. Veux-tu que je ne la reçoive paB>
LUCIENNE
Non! Non! au contraire. Reçois-la. je t'en prie. Nous allons savoir.
CLOTILDE
Conunent! ce que je te dis ne te suffit pas?
Non.
CLOTILDE
Alors, il faut?...
LUCIENNE
. Oui, oui interroge-Ia ; je serai plus tranquille après. Mais, quelle que soit sa réponse, jure-moi de me la rapporter fidèlement. Vois-tu, même si c'est vrai, il faudra me le dire. Je serai courageuse. Et puis, au moins, avertie à temps, je pourrai toe défendre contre elle, contre lui, contre moi.
CLOTILDE
Ahl quelle folle tu fais! Eh bien, c'est entendu^ je vais la recevoir, l'interroger, et puisque tu veux savoir, tu sauras, je te' le promets; tu sauras que tu es ime gosse qui a terriblement besoin d'être surveillée et grondée! Allons, entre là, dans ma ckambre. On vient de sonner, dépêche-toi.
LUCIENNE, sortant
Aie pitié de moi, ma petite Clotilde. Sois prompte.
Elle referme la porte sur Lucienne au moment où Ernest annonce,.
ERNEST
Mademoiselle Holska!
CCEUR A CŒUR 2(K
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