‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 42 sur 64 · SCÈNE XI CLOTILDE. ANNA · texte numérisé non relu

SCÈNE XI CLOTILDE. ANNA

CLOTlLDE Bcmjôur, Anna. Gimme vous venez tard aujourd'hui !

ANNA

C'est vrai! chère! il faut me pardonner, voyez-vous. J'ai dû faire mille courses urgentes. Ah! votre Paris! quel diable! Tous les magasins vous tirent par le bas de vos jupes; c'est de la persécution. Mais j'ai là de quoi vous radoucir chère; tenez, deux cahiers des Variations du Beethoven, des mélodies du Schumann, du Duparc et du Debussy! Qu'est-ce que vous en dites? C'est du nanan, tout ça, hein?

CLOTILDE

Bravo! Et moi, tenez, regardez! Tout ce que j'ai pu trouver de votre Chopin, à quatre mains.

ANNA

GMi! c'est gentil, ça, très gentil. La Clotildc, Vous êtes un amour!

Elle s assied au piano et prélude.

CLOtiLEHS:

Une tasse de thé d'abord.

ANNA

Je crois bien... Mais dépêchon$-noué« heilt? vous voulez bien? Figurez-vous, il faut que je sois à six

206 CŒUR A CCEUR

heures à votre Rîtz; j'ai rendez-vous avec des amis de là-bas, de grands amis; je ne peux pas les négliger. Nous bavarderons en jouant. Demain, je vous promets, j*aurai du temps, beaucoup de temps pour vous. {Clotilde pose la tasse sur le piano.) Merci!

CLOTILDE

Ma foi, dans ces conditions, j*ai bien envie de vous proposer de laisser dormir jusqu'à demain Chopin et Beethoven. Les Variations, c'est un peu dur pour des femmes pressées.

ANNA, riant

Et même pour des femmes pas pressées du tout. {Fer" mant le piano.) A demain, vieux. {Elle caresse le piano.) Si vous sortez tout à l'heure, je vous dépose, voulezvous? On restera plus longtemps ensemble, ainsi.

CLOTILDE Je vous remercie. On vient me prendre.

ANNA

Ah! ah! vous me trompez, alors?

CLOTILDE

Avec qui? Je voudrais bien savoir. Je suis une amie transparente, moi. Je n'ai pas de secrets.

ANNA

AJi çà. mais moi non plus. Des secrets? Pourquoi aurais- je des secrets contre vous? En voilà une chose donci

CLOTILDE

Si cependant. r Elle hésite.

ANNA

Eh bien, allez, dite«... j'attends, je suis curieuse... j'impatiente!

CLOTILDE

Non. J'ai peur d'être indiscrète.

ANNA, riant

Indiscrète l vous! avec moi! Je dois rire! hein! c'est ça, je dois!

Elle rit plus fort.

CLOTILDE

Si cependant, vous me cachiez quelque chose, ne protestez pas!... quelque chose de très intime, dont vous ne me devez pas la confidence, c'est certain, mais que peutêtre vous auriez pu révéler à une amie exceptionnelle comme moi.

ANNA

Qu'est-ce que ça? Je ne comprends irien dans toute votre histoire. Oh! elle est bien embrouillée et compliquée, votre histoire ! Allons, allons ! au diable les énigmes et parlez-moi en franchise Des amies, ça ne doit jamais se parler d'autre manière, et l'on est des amies, hein, toutes les deux, de vraies? Alors, allez-y; dites-moi ce que vous avez sur votre cœur. Vous ne risquez rien. Je ne vous en voudrai pas.

Soit, puisque vous l'exigez.

ANNA

Je crois bien.

CLOTILDE

Ma chère Anna, on parle beaucoup de vous en ce moment, à Paris.

208 CCEUR A CŒUR

ANNA

On a tort Ah! c'est bien là votre Paris! Pour trois malheureuses mélodies du Schubert ou du Fauré chantées devant cinquante imbéciles!...

CLOTltDEl Non. I! ne s'agit plus de l'artiste, mais de la femme.

ANNA

Voyez-vous! Et que dit-on, par exemple?

CLOTILDE Vous ne vous fâcherez pas?

ANNA, riant Vous êtes bête!

On prétend que vous, qui avez été tant courtisée et qui avez jusqu'ici évincé tous les candidats... on prétend que vous auriez enfin fait votre choix.

ANNA

Ah! A la bonne heure! Allez! allez! Continuez» ça m'amuse beaucoup.

CLOTILDE

On ajoute que vous voua seriez fiancée secrètement ' ces jours derniers et que vous auriez décidé de vous marier, cet été, là-bas, dans vos terres.

ANNA

VraiHi«ï»tl Vmiawiït! C'est nwrvçilleux. Eafr-te qu'on dit aussi avec quel homme je dois faire tout eelaî

CLOTILDE Bien entendu.

ANNA

Voyons donc! voyons donc Thommel Je suis curieuse.

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