‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 43 sur 64 · CI-OTILDE Vous le voulez · texte numérisé non relu

CI-OTILDE Vous le voulez

ANNA

Je vous en prie. II faut me dire cela aussi, cela surtout

CLOTILDE

Il s'agirait d'un homme du monde, très répandu, M. André LandcUc.

ANNA, riant Vraiment! vraiment! C'est merveilleux!

CLOTILDE

N'est-ce pas? Croyez-vous qu'on a de l'imagination, à Paris, et qu'on est capable d'inventer des choses...

ANNA, même jeu Non! Je trouve cela merveilleux parce que c'est vrai.

CLOTILDE, stupéfaite C'est vrai?

ANNA

Oui, c'est vrai! Seulement je suis dans l'admiration de votre Paris! Je suis, comment dites^vous ça, abasourdie. On sait tout ici. Cela tient du miracle. Comr ment diable a-t-on pu découvrir tout cela? C^ait on secret entre M. Landelle et moi.

CLOTILDE On peut trahir un secret.

ANNA, se levant, sèchement Gotilde, je vous en prie!...

CLOTILDE

Je n'ai pas, vous pensez bien, ma chère Anna, l'intention de vous offenser. Mais puisque vous me dites vous-même que seuls, M. Landelle et vous...

ANNA, fronçant les sourcils C'est bien. Il suffit.

Vous comprenez ma surprise, et, oui, vraiment, ma peine d'apprendre par des étrangers une nouvelle que j'aurais dû tenir de vous la première.

ANNA

Je suis très ennuyée. Je ne m'explique pas...

CLOTILDE

Oh! il y a des mariages que l'on rend nécessaires. On prétend à la main d'une personne... on peut aller jusqu'à la forcer...'

ANNA, agacée

Encore ces insinuations!

CLOTILDE

Que voulez-vous? Je cherche à m'expliquer. Je réfléchis... et je me dis qu'une jeune fille, même étrangère, est vite compromise, que...

ANNA, coupante Ne vous dites pas tout cela. C'est inutile.

CLOTILDE Vous êtes orpheline et très riche, ma chère Anna.

ANNA

Je sais bien. Ah çà! chère, me croyez-vous si simple et me prenez-vous pour une de vos bécasses d'ici? Depuis que, je suis seule dans la vie, et ça remonte haut, est-ce que vous vous imaginez que je ne suis pas sur mes gardes? Je connais les hommes peut-être, même ceux d*ici qui sont plus, comment vous dites? plus malins que ceux des autres pays. Jusqu'ici, j'ai toujours vu clair au-dedans de ceux qui me voulaient pour mon argent. Pensez-vous qu'il m'est tout à coup venu du sable dans les yeux? Si je n'ai pas découragé M. Landelle, et si je lui ai promis que j'en ferai mon mari, c'est que je suis sûre de son sentiment pour moi et sûre aussi de mon sentiment pour lui; et puisque vous voulez que je sois toute nue d'âme devant vous, je vous le dirai donc, Clotilde, je l'épouse parce que je l'aime.

CLOTILDE Tant pis!

ANNA

Non, tant mieux, parce que cela est très rare, parce que c'est la première fois que cette chose m'arrive et que c'est une chose très douce en vérité. Dites-moi tout de même, est-ce que je puis savoir pourquoi vous cherchez ainsi à me détourner de lui?

CLOTILDE

Non, excusez-moi.

ANNA

Alors, il fallait ne rien dire ; cela valait mieux, croyezmoi; on n« tient pas des propos défavorables wr les

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gens lorsqu'on ne peut pas avouer les raisons pourquoi on le fait.

CLOTILDE Ces raisons ne m'appartiennent pas.

ANNA, rcmonicmt

Tant pis. Alors, je ie répèle, il fallait tenir le silence. Je suis très fâchée de tout cela.

CLOTILDE Vous partez?

ANNA

Oui. H me semble aujourd'hui que nous n'avons plus rien à nous dire. Voyez-vous, chère, je comprends toutes les franchises et même la brutalité; c'est sain, cela; mais les réticences, les mots à demi, les sous-entendus, les pensées d'arrière, je ne les admets pas. Je suis peut-être une sauvage; mais je les considère, moi, je vous le dis tout brut, comme des trahisons d'amitié.

CLOTILDE

Je ne peux pas vous en dire davantage pour le moment, ma chère amie, et vous m'en voyez consternée. Je vous le jure, je n'en ai pas le droit. Mais demain peut-être, pourrai-je vous révéler tout ce que je sais, et alors, laissez-moi espérer que je ne trouverai pas une ennemie dans l'amie qui est entrée ici tout à l'heure.

ANNA

Nous verrons, A demain donc. Je ne promets rien. J'attends. En tout cas, je n'ai pas changé pour vous» croyez bien. Je ne suis pas une girouette parisienne. Elh! Eh! Il est presque les six heures. Je me sauve. Au revoir* chère.

Elle sotU reconduite par Clotilde.

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