‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 55 sur 64 · SCENE VII LANDELLE, CLOTILDE · texte numérisé non relu

SCENE VII LANDELLE, CLOTILDE

Landelle paraît stupéfait et gêné en apercevant Chftlde.

CLOTILDE

Bonjour, cher ami. Vous me reconnaissez?

LANDELLE

Ejccusez-moi, ma chère amie; je suis très coupable vis-à-vis de vous, si coupable qu'il y aurait de la cruauté de votre part à me forcer à me justifier. Pardonnez-moi tout de suite. Ce sera très spirituel et nous gagnerons du temps. J'ai été très incorrect à votre égard, je le reconnais.

CLOTILDE « Incorrect » vous paraît suffisant?

LANDELLE

A peine. Vous voyez, je ne plaide même pas les circonstances atténuantes.

CLOTILDE Vous en trouveriez donc?

LANDE LLE Oh! en cherchant bien!

CLOTILDE

Ne cherchez pas. {Un silence.) Vous êtes surpris de me rencontrer ici?

LANDELLE

Mais non. Pourquoi?

CLOTILDE Ah! Je croyais!

Un silence.

LANDELLE On m'avait assuré que M"* Hellouin...

CLOTILDE

Vous allez la voir. Elle vient tout de suite. Elle a été appelée au moment où l'on vous annonçait.

LANDELLE On me dit qu'elle n'est pas très bien portante?

CLOTILDE En effet.

LANDELLE

Rien de grave, pourtant?

CLOTILDE Vous en jugerez vous-même!

LANDELLE Et vous, chère amie, votre santé?

CLOTILDE Excellente, je vous remercie. Elle .vous intéresse donc?

LANDE LLE Vous en doutez?

On en douterait à moins, avouez-le; depuis l'été dernier...

LANDE LLE

Oui, je sais. N'aggravez pas mes remords et laissezmoi espérer que vous voudrez bien excuser ma négligence.

CLOTILDE

Intentionnelle. Eh bien, oui, ma bonté ira jusque-Ià. Je vous pardonne.

LANDE LLE

En me calomniant. Vous m'accusez d'impolitesse volontaire. C'est très grave. Il serait plus équitable de rendre les circonstances seules responsables...

CLOTILDE Ce s€rait surtout plus commode.

LANDELLE

Je vous assure. J'ai eu beaucoup de malchance avec vous et je m'en plains.

CLOTÏLDE

Moins que moi, mon cher, car, à se fréquenter, on gagne au moins de se mieux connaître et de s'épargner les uns sur les autres de fâcheuses méprises. J*ai pensé que vous me gardiez rancune.

LANDELLE

Vous vous êtes trompée. C'est plutôt vous qui seriez en droit de m'en vouloir. Mais vous êtes trop intclli-

gente et trop généreuse pour n'avoir pas oublié la minute d'égarement...

CLOTILDE

Ne revenons pas là-dessus. Il y a longtemps en effet que j*ai oublié Vincident auquel vous faites allusion. Vous auriez pu m'offenser; vous m'avez seulement effrayée. Cela vous explique ma conduite; la réserve ne m'ayant pas paru suffisante, je me suis instinctivement mise sur la défensive.

LANDELLE» souriant

Vous me faisiez donc Thonneur de me juger dangereux?

CLOTILDE

Vous ne m*avez pas laissé le temps de la réflexion. Je ne vous .ai donc pas jugé. Je vous ai pressenti dangereux.

LANDE LLE C'était là me flatter.

CLOTILDE

Croyez-vous? Ainsi, il vous souvient encore du jour, où, m'ayant suivie sur la terrasse des Chablettes, vous vous êtes brusquement permis de me saisir la main et de la porter à vos lèvres. Vous avez cru devoir ajouter que vous m'aimiez. J'aurais pu me sentir touchée de ce transport que rien cependant ne faisait prévoir. Au contraire, il m'a déplu.

LANDE LLE

Et VOUS ne me l'avez pas dissimulé.

Je ne suis pas une coquette. Vous îx>uviez être sin-

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LANDELLE Je l'étais.

CLOTILDE

A ce moment-là.

LANDELLE Vous m*avcz interdit de vous le prouver à d'autres!

CLOTILDE

En effet, j'ai cru honnête de décourager une ferveur si... inattendue et que je ne me sentais pas disposée à payet de retour.

LANDELLE

Vous découragez nettement, c'est^ une justice à vous rendre. Aussi, je me le suis tenu pour dit et durement dit. Je n'ai pas récidivé.

CLOTILDE

' Et vous avez bien fait. Vous teniez, en effet, à ne pas quitter les Chablettes à ce moment. Nous y avions beaucoup d'amis dont quelques-uns étaient fort agréables. Vous ne vous en souvenez pas?

LANDELLE Sil si! mais... plus vaguement.

Vous désirez que je précise?

LANDELLE

J'allais vous en prier.

CLOTILDE M. et M"** Hellpuin étaient nos hôtes.

LANDELLE Il me semble... ouï, en effet, je me rappelle.

CLOTILDE

C'est heureux. Allez, vous pouvez vous ^ fier à moi, ma mémoire est fidèle.

LANDELLE Comme un cnîen de garde.

CLOTILDE

Précisément. Je me suis imaginé, figurez-vous, à tort sans doute, qu'aussitôt après l'insuccès de votre tentative auprès de moi, vous aviez entrepris Lucienne, je veux dire M"* Hellouin.

LANDELLE

Quelle idée!

CLOTILDE Une idée folle, j'en conviens. J'en ai été fort irritée.

LANDELLE

Non?

CLOTILDE

Mais si! Et vous connaissez trop le cœur des femmes pour en être surpris. Je n'avais pas voulu vous céder; mais, tout de même, je ne pensais pas que, dès le lendemain, vous essayeriez de m'oublier auprès d'une de mes amies. Je ne pensais pas être de celles dont on se remet avec cette facilité. J'en ai été très dépitée.

LANDELLE

Mais, je vous jure, vous aviez fait erreur... Je ne sais pas où vous êtes allée chercher... c'est un roman... un roman que vous avez construit de toutes pièces. Je n'ai jamais fait la cour à M"'*' Hellouin.

CLOTILDE

Vrai?

LANDELLE

Ma parole. J'ai été aimable avec elle... galant peutêtre... mais de là...

CLOTILDE, presque sévère

Pourquoi me domicz-vous votre parole? Je ne vous la demandais pas. Vous auriez au moins pu attendre... Que voulez-vous donc? Me convaincre que vous m'aimez toujours, que vous n'avez pas pu m'oubîier, malgré tous vos efforts? Est-ce cela, dites, est-ce cela? Ou plutôt non, ne le dites pas, car vos protestations feraient peutêtre tort à une troisième personne.

LANDELLE Excusez-moi. Je ne comprends plus du tout.

CLOTILDE

Vraiment? Eh bien, vous allez me comprendre. Il s'agit encore d'une de mes amies. Décidément, mes amies n'ont pas de chance avec vous — ou trop. Il s'agit de Mlle Holska avec qui, oh! tout à fait par hasard, je viens d'apprendre vos fiançailles et je suis enchantée d'être des premières à vous en féliciter.

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