‹ Théatre completChapitre 102 sur 407 · SCÈNE III LA TAILLADE , ZAMORIN · texte numérisé non relu

SCÈNE III LA TAILLADE , ZAMORIN

LA TAILLADE

Le dessein de te voir.

Tu me vois en prison.

LA TAILLADE

Je >?iens de le savoir.

Ayant à te parler, d'une course inutile J'ai fait en un moment tous les coins de la \ille, J'ai couru tous les lieux d'assemblée et d'ébat, Où nous délibérons des affaires d'état.

Enfin, n'espérant plus d'avoir de tes nouvelles, Par bonheur j'ai trouvé Jeanne des Ecrouelles, La veuve du boiteux qu'on pendit à Burgos.

ZAMOHIN.

Celui qui t'accusa du vol des deux chevaux?

LA TAILLADE

Le même. Tu sais bien comme la vieille cause ; Elle m'a dit ta prise, et m'en a dit la cause ; Et moi, sans perdre temps, je te suis venu voir. Enragé que ce soit en ce hideux manoir : Mais il faut en sortir.

ZAMORIN.

T'a-t-elle dit l'affaire Gomme elle est?

LA TAILLADE

Je ne sais. Je la trouve peu claire Gomme elle la raconte.

ZAMORIN.

Un certain écolier Galantisait la sœur de certain cavalier. Ce certain cavalier, nous ayant bien fait boire, Et bien payés aussi, pendant une nuit noire. Nous posta cinq bretteurs, pour réduire à néant. En pur assassinat, ce brave étudiant.

Ce brave étudiant n'était pas une poule* Cinq nous l'attaquons seul; seul il nous bat en foule, Et donne au cavalier d'abord entre œil et bat. De ces coups qu'entre nous on nomme échec et mat.

Le bourgeois s'accumule, et la justice arrive. On m'attrape, on m'arrête, on demande qui vive, Je ne dis pas le mot ; on me met en prison, Où j'ai toujours dit non, ainsi que de raison. On fait courir de nous un bruit sourd de galère : ► Grâce à Dieu, je ne suis ni traître, ni faussaire. Si l'on veut que je rame, eh bien! je ramerai, J'y suis maître passé ; mais je me vengerai, Et certains happechairs en auront dans leurs panses.

LA TAILLADE

CherZamorin, il faut pardonner les olBfenses, Nous sommes tous chrétiens.

ZAMORIN.

Et quand tu m'as cherché, Que voulais-tu de moi ?

LA TAILLADE

Te mettre d'un marché Pour lequel j'ai touché mille écus à bon compte.

ZAMORIN.

Est-ce affaire de sang?

LA TAILLADE

C'est pour tuer un comte.

Le môme qui te tient si bien emprisonné, On lui joue le tour pour un soufflet donné, Un cartel de défi vers le soir nous l'amène. Au bout du pont, où l'eau nous tirera de peine D'ensevelir le corps.

Vous faites bon marché :

Supprimer un seigneur pour si peu, c'est péché.

LA TAILLADE

Il n'y faut pas songer, c'est une affaire faite.

ZAMORIN.

Qui seront les acteurs ?

LA TAILLADE

Le Gaucher, la Cliquette, Le Sevillan et moi.

ZAMORIN.

Vos armes?

LA TAILLADE

Sont à feu.

ZAMORIN.

L'épée et le poignard assurent mieux un jeu.

LA TAILLADE

* Nous aurons l'un et l'autre.

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