‹ Théatre completChapitre 108 sur 407 · ACTE IV, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII

Et ne m'avais-tu pas engagé ta parole

De veDger mon honneur sur celui qui le vole?

Et par ces mômes bras dont tu Tas embrassé,

Que je verrais son corps de mille coups percé ?

S'il avait eu des miens une pareille étreinte,

Encor que leur vigueur soit déjà presque éteinte,

Ils auraient déchiré son cœur en un instant,

Et si je t'embrassais, ils t'en feraient autant.

Peux-tu bien, sans pleurer, me voir pleurer, infâme?

Vois, vois couler mes pleurs, c'est le sang de mon àme :

Au péril d'épuiser mon corps de tout le sien,

Je répandrai celui qui fait çlacer le tien.

Mais laissoDs-là ce nls qui faisait tant le brave,

Qui fait aux yeux d'un père une action d'esclave j

Ce malheureux verra son vieux père, aujourd'hui,

Vaincre ou mourir, plutôt que vivre comme lui.

Tu te ris, insolent, de ma vaine menace.

Mais mes ans ont encor du feu parmi leur glace :

L'insolence est souvent réduite à supplier;

Le bras gui fait les grands, peut les humilier.

Tiens- toi bien.

D. Félix sort.

LE COMTE

Vous avez un père fort colère.

Comte, n'en parlons point, car enfin c'est mon père. A bien considérer combien vous l'offensez. Et qu'il nous a trouvés tout à l'heure embrassés, Mettez-vous à sa place ; est-il homme si sage. Offensé comme il est par un dernier outrage, Qui ne suive d'abord son premier mouvement. Et qui ne m'eût traité comme lui rudement ?

LE coafTE.

Je vous l'avoue : adieu, nous nous verrons peut-être Demain; mais d'aujourd'hui je ne saurais paraître, Ayant à m'occuper jusqu'au soir.

D. PÈDRE

Je saurai Bieiitôt où vous serez.

LE COMTE

Je vous exempterai Du soin de me chercher.

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