ACTE V, SCÈNE V
GRISPIN.
Madame, c'est ici que j'ai laissé mon mattre,
Je ne sais pas pourquoi, pour se battre peut-être.
LÉONORE
U n'y parait personne. Ahl je n'en doute plus, C'en est fait : et nos pas sont ici superflus. Si l'un d'eux ou tous deux ont achevé de vivre, Us m'auront enseigné par où je les dois suivre : N'en doutez point, Cassandre, en un malheur pareil De mon seul désespoir je suivrai le conseil. Alors, aimable sœur d'un peu sincère frère. Peut-être ferez-vous ce qu'il aurait dû faire. Vous aurez de mes maux quelque compassion.
CASSANDRE
J'ai besoin, comme vous, de consolation : Nous craignons, vous et moi, pour deux aimables frères, Nous ne craignons pas moins pour leurs chers adversaires, Je ne vous trouve pas plus à plaindre que moi.
LÉONORE
0 Dieu ! n'est-ce pas là le comte que je vois. Sans chapeau, sans casaque, au bord de la rivière? D'un funeste accident j'ai la peur toute entière. Je le vois dans l'état qu'on est quand on se bat, Je n'en dois plus douter, ils ont fait leur combat. Il est seul, et mon frère aura perdu la vie. Et le barbare comte a sa rage assouvie. Et mon malheur est tel, que si j'ose songer A me venger sur lui, c'est sur moi se venger. Allons, Cassandre, allons trouver ce sanguinaire. Allons lui demander votre amant et mon frère. 0 méchant, que mes yeux ont peine à regarder! Qu'as-tu fait de mon frère?