SCÈNE V LE COMTE, LÉONORE, CASSANDRE, CRISPES
LE COMTE, sortant du bord de l'eau.
Avais- je à le garder?
LÉONORE
Oui, traître, tu l'avais, si ton âme cruelle M'avait aimée autant que je te suis fidèle. Que tu te sais bon gré, dis-moi la vérité, De m' avoir fait ouïr une brutalité !
Avais-je à le garder? ô réponse barbare!
1^4 L*éCOLIKR DE SALAMANQUB.
LE COMTE
Madame, il n'est pas mort ; mais votre esprit s'égare.
LÉONORE
Perfide ! mon esprit n'a point à s'égarer :
Il s'égara dès lors qu'il t'ouït soupirer ,
Que sur de faux soupirs et sur de fausses plaintes,
II crut trop aisément à tes promesses feintes :
Mais tu sais bien mon faible et que j'ai trop d'amour;
Tu peux impunément m'offenser chaque jour.
Si du bien que je perds le penser m'est funeste,
II ne me l'est pas moi us pour celui q\ii me reste.
Tout ingrat que tu m'es, je ne te puis haïr,
Et ma bouche ne peut longtemps mon cœur trahir.
LR COMTE.
Consolez-la, ma sœur.
GASSÂNDRE.
Console-moi toi-même; Tu m'es plus odieux cent fois qu'elle ne t'aime,
LE COMTE
Je crois qu'un môme mal vous fai! parler aitisi.
GASSANDRE.
Oui, don Pèdre m'aimait, et je l'aimais aussi.
LE COMTE
Je vous trouve en sa mort toutes deux bien à plaindre.
GASSÂNDRE.
Peut-être verras- tu que je suis bien à craindre.
Ce pendant crue ma sœur pleurera le trépas De cet aimable mort, qui pourtant ne l'est pas. Madame, vous plaît-il... Mais je vois votre père. Qui vient me demander encore votre frère. Si ce mort revenait, il m'épargnerait bien Des contestations qui ne servent de rien.