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ACTE I, SCENE 111. 13r

LÉONORE

Oui, seigneur don Juan, c'est moi, je le confesse;

Quel plaisir prenez-vous à me fâcher sans cesse ?

Pensez-vous emporter par obstination

Ce qu'on ne peut gagner que par affection ?

Mon humeur, dites-vous, est une chose étrange.

Quand Dieu vous aurait fait aussi parfait qu'un ange,

Quand il vous aurait fait un objet plein d'appas,

Avecque tout cela vous ne me plairiez pas.

De cette aversion vous demandez la cause,

C'est vous seul qui pouvez en savoir Quelque chose,

Puisque cette cause est, ainsi que je le croi,

Et, selon l'apparence, en vous plutôt au'en moi.

Pour donner de l'amour, le secret est de plaire.

Vous ne me plaisez pas, que pensez- vous donc faire ?

Vous m'offrez votre cœur en échange du mien :

Pourquoi changer mon cœur, si je m'en trouve bien ?

Et quand je voudrais bien le changer pour un autre,

Êtes- vous assuré que je prisse le vôtre ?

Parce que vous m'aimez, vous dois-je aimer aussi ?

Est-ce bien raisonner que de conclure ainsi ?

Vous m'aimez, dites-vous, car je suis bien aimable.

Si vous ne m'êtes pas en cela comparable.

Si vous n'êtes aimable autant que je le suis,

C'est me demander trop, et plus que je ne puis ;

Et c'est, sur ce sujet, tout ce que je puis dire.

HÉLÈNE

Je ne vois pas pour vous grande matière à rire,

Mais bien à composer de pitoyables vers

Contre la dureté de ce sexe pervers,

Contre les cruautés de ces méchantes femmes.

Qu'on devrait assommer à grands coups d'épigrammes.

D. JUAN

Ah ! madame, c'est trop avoir de cruauté : Railler un malheureux, c'est une lâcheté ; Mais de ce procédé, quoiqu'il soit bien étrange, Si vous me procurez un regard de mon ange. Je vous promets, madame, et je vous le tiendrai. Que, comme d'un bienfait, je m'en ressouviendrai.

LÉONORE

Hé ! mon Dieu, don Juan, lorsque vous m'aurez vue, Quel plaisir pensez-vous recevoir de ma vue ? Je vous regarderai comme un persécuteur.

D. JUAN

Est-ce persécuter qne de donner son cœur ?

Entendrai-je toujours dire la môme chose?

HÉLÈNE

Encore que je sois suspecte en cette cause, Sachez, mon cavalier, qu'aimer sans agrément, C'est dépenser son bien très inutilement ; C'est n'être pas trop bien avec sa destinée. Et dès ce monde ici vivre en âme damnée. Ce qui de vous étant de près considéré, Laissez madame en paix, et me sachez bon gré De vous avoir donné cet avis salutaire.

D. JUAN

Je veux suivre un avis au vôtre tout contraire, Et, que je plaise ou non, servir jusqu'à la mort Cette ingrate beauté de qui dépend mon sort. Le temps pourra changer son humeur de tigresse.

LÉONORE

N'espérez rien du temps qu'une triste vieillesse, La chute des cheveux et la perte des dents ; Et parce qu'avec vous je passe mal le temps. Et que madame en est sans doute importunée, Allez pester plus loin contre la destinée.

D. JUAN

Madame, j'attendrai plutôt jusqu'à demain. Que je n'aie Thonneur de vous donner la main Jusqu'à votre demeure.

LÉONORE

Et moi, pour m'en défendre, J'espère vous lasser en vous faisant attendre.

HÉLÈNE

Vous voulez donc, monsieur, assiéger ma maison ?

Vous êtes contre moi, madame ?

HÉLÈNE

Avec raison.

Vit-on jamais user de telle violence ?

Si (juelqu'un m'avait fait une pareille offense... Mais je vois don Diègue, il vient tout à propos.

LÉONORE, tout bas.

Ah 1 Béatrix ! c'est lui qui trouble mon repos.

HÉLÈNE

Vous ne voulez donc pas laisser en paix madame?

D. JUAN

Vous voulez donc qu'un corps s'éloigne de son âme ?

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