HÉLÈNE, LÉONORE, BÉATRIX
HELENE
Il s'en va bien fâché, le pauvre misérable. Vous ne me tiendrez pas une rigueur semblable, Je verrai ces beaux yeux qui lui font tant de mal , Et votre amant s'en va devenir mon rival.
LÉONORE
Me montrer, ce n'est pas le moyen de vous plaire. Mais, vous obéissant, je ne saurais mal faire.
HÉLÈNE
Ah ! vraiment ! je l'excuse au lieu de le blâmer ; Il ne vous a pu voir et s'empêcher d'aimer. Ou trouvez le moyen de vous rendre invisible. Ou laissez-vous aimer.
LÉONORE
Madame, est-il possible.
Lorsque vous me raillez assez visiblement. Que vous gagniez pourtant mon cœur absolument? Vous m'avez fait, madame, un plaisir dont j'espère Me revancher bientôt ; et monsieur votre frère, En éloignant de moi cet empereur des fous, S'est acquis dessus moi ce qu'il peut dessus vous.
HÉLÈNE
Don Diègue est de soi si fort considérable, Que si j'avais pour frère un cavalier semblable.
ACTB I, SCEMB V. 139
Quand cela m'ôterait la plupart de mou bien, J'y gagnerais beaucoup.
LéONORE.
Il ne vous est donc rien?
HÉLâNE.
Non, mais il tâche assez de m'étre quelque chose.
Sa qualité peut-être inégale est la cause Qu'il aura de la peine à parvenir si haut.
HÉLÈNE
Dans sa condition il est bien sans défaut,
On n'en saurait non plus trouver en sa personoe,
Mais ce n'est pas pour rien aujourd'hui qu'on se donne.
Don Dîègue est fort pauvre ; étant ce que je suis,
Je veux vivre à la cour, sans bien je ne le puis ;
Mon bien est médiocre, et j'aime la dépense.
LÉONORE, tontbas.
Ma crainte et mes soupçons font place à l'espérance.
HÉLÈNE
Que dites-vous ?
LÉONORE
Je dis qu'en épousant un gueux, Quelque bien que l'on ait, d'un pauvre on en fait deux.
HÉLÈNE
Don Diègue est aimable et son nom est Mendoce, Mais cela ne fait pas bien rouler un carrosse. Un oncle, à ce qu il dit, gouverneur au Péru, Lui garde bien du bien, mais il n'est pas venu ; Je n aime pas le bien qui n'est qu'en espérance. Je Tamuse pourtant de quelque complaisance. Qui ne me coûte guère et ne m'engage à rien. N'en ai-je pas sujet ?
LÉONORE
Ah! que vous faites bien.
Et que l'on voit souvent des filles abusées. Pour n'être pas ainsi cjue vous bien avisées ! Mais le plaisir que j'ai de vous entretenir, Dont je veux conserver toujours le souvenir. Et que je dois sans doute à ma- bonne fortune, M'empêche de songer que je vous importune : . Je prends congé de vous.
HÉLÈNE
Faites-moi donc savoir Le nom de la beauté que j'ai l'honneur de voir.
Et dont la connaissance est pour me rendre vaine. Je veux vous aller voir.
LÉONORE
Je n'en vaux pas la peine.
Pour vous obéir donc, mon surnom est Gusman, Mon nom est Léonore, et je loge à Saint-Jean. •
HÉLÈNE
Et moi, pour vous le rendre en la même monnoie, Hélène de Torrez.
LÉONORE
Ce m*est beaucoup de joie De connaître une dame en qui la qualité, Aussi bien que Tesprit égale la beauté ; Je reviendrai bientôt chez vous vous rendre grâce De votre bon secours.
HÉLÈNE
Avant que le jour passe Je vous visiterai. Paquette !