HÉLÈNE , LÉONORE , PAQUETTE
HÉLâNE.
Vous voyez comme quoi je cultive avec soin L'honneur de vous connaître.
LÉONORE
U n'était pas besoin Pour si mince sujet de prendre tant de peine : Mais les civilités de la charmante Hélène Sont toutes dans Texcès, et c'est me reprocher Que m'ayant obligée, il fallait rechercher Dès aujourd'hui l'honneur de la voir la première. Accordez un pardon à mon humble prière, ^Vous verrez par les soins que je veux prendre exprès, Qu'il est bon de faillir, pour faire mieux après. Votre bonté pourtant en m'obligeaut m'altige,
HÉLÈNE
Quand on vous fait plaisir, soi-même Ton s'oblige. Pour le peu que j'ai fait, tant de remercîment Me fait voir ma faiblesse assez adroitement : Mais si je l'avais pu, j'aurais fait davantage.
LEONORE
L'interprétatioii sensiblement m'outrage.
Je ne conteste pas avec vous de l'esprit : La conversation de l'autre jour m'apprit Combien vous en avez^ et que joint à vos charmes, Personne contre vous n'a d'assez fortes armes.
Madame ?
LÉONORë, elle parle à l'oreille.
Approchez-vous, est-il déjà là-bas ?
BÉATRIX
Oui, madame.
LÉONORB.
A rinstantje reviens sur mes pas.
Vous me pardonnez bien une faute si grande, C'est un oncle, tuteur, qui là-bas me demande.
HÉLÈNE
Nous ne sommes ici que pour vous obéir.
LÉONORB.
Pour cet acte incivil vous me devez haïr. Mais vous excuserez, comme -vous êtes bonne.
Une nécessité. Léonore sorU
HÉLÈNE
L*excellente personne Que cette Léonor !
PAQUETTE
Chacun en dit du bien.
HÉLÈNE
Sa chambre est magnifique.
PAQUETTE
Elle n'épargne rien Pour être bien meublée.
HÉLÈNE
Approche-toi, Paquette.
L*agréable tapis, pour être de moquette ! Ce cabinet est riche et plein de bons tableaux.
PAQUETTE
Je ne sais s'ils sont bons, mais je les trouve beaux.
HÉLÈNE
N'y vois-je pas quelqu'un ? quel homme pourrait-ce être ?
PAQUETTE
C'est un que vous devez, me semble, bien connaître.
HÉLÈNE
Mendoce ?
PAQUETTE
C'est lui-môme.
HÉLÈNE
Ah I le traître, c'est lui I Qui l'aurait jamais dit !
PAQUETTE
En sortant aujourd'hui Il paraissait fâché, vous en savez la cause.
Léonore rentre.
ACTB IV, SCENB II. 15^
LÉONORR.
Je reviens, mon tuteur ne voulait pas grand'chosc. Vous avez mal passé le temps ?
Vous vous trompez, Les sens ne sont ici aue trop bien occupés. Ce cabinet est plein de peintures fort belles, Qui divertissent bien.
LBONORE.
J'en ai de telles quelles.
HÉLÈNE
Sont-elles dltalie?et sont-ce originaux?
Vous avez un portrait pourtant que je tiens faux. Qui fut longtemps à moi, mais je m'en suis défaite. Comment avez-vous fait cette mauvaise empiète?
LÉONORE
Vous y connaissez-vous ?
HÉLÈNE
Je m'y connais fort bien.
LÉONORE
Ne vous y trompez plus, vous n'y connaissez rien. Le portrait est de prix et vaut bien qu'on le garde : Une âme généreuse à la bonté regarde ; Ne fût-il que passable, étant sans intérêt. Je l'aimerai toujours à cause qu'il me piaf t. Aimer pour le profit, c'est être mercenaire.
HÉLÈNE
Courir sur le marché d'une autre, est-ce bien faire ?
Courir après l'argent ce n'est pas faire mieux.
HÉLÈNE
C'est avoir le goût bon.
LÉONORE
Et de fort mauvais yeux.
De mépriser la forme et choisir la matière.
HÉLÈNE
Votre portrait en l'un et l'autre ne vaut guère.
LÉONORE
Peut-être en avez-vous tàté, car autrement Vous ne parleriez pas de lui si hardiment.
HÉLÈNE
Je ne tàte jamais d'une chose mauvaise.
LÉONORE
Vous êtes délicate, et moi ie suis bien aise.
Aux dépens de mon goût de croire en tout l'honneur
Qui dans la vertu seule établit le bonheur.
HÉLâNE.
Vous êtes bien parfaite.
L^ONORB.
Et point du tout avare.
HÉLâNB.
C'est trop voir pour un coup une dame si rare. Paquette, suivez-moi.
LÉONORE
Je vous visiterai.
HÉLÈNE
Vous pouvez mieux passer le temps.
LÉONOAE.
Je vous croirai.
Madame, encore un mot.
HÉLÈNE
Parlez vite, j*ai hâte.
LÈOKORB.
Un portrait de province en peu de temps se gâte. La plupart en sont faux : sans les bien éplucher, N'en acquérez jamais.
HÉLÈNE
Et VOUS, sans le cacher^ Ne retenez jamais ce qu'il faut que Ton sache»
LÉONORE
Votre face est en feu, quelque chose vous fâche.
HÉLÈNE
Je rougis, mais de vous.
LÉONORE
De moi ? je le veux bien.
Et moi je ris devons, pour ne vous devoir rien.
Ah I madame, elle enrage.
LÉONORE
Et moi, je suis ravie:
Je ne passai jamais mieux le temps de ma vie ; Mais don Diëgue a tort, il devait se cacheri
BÉATRIX
L'aventure est pour rire, et non pour se fâcher.
LÉONORE i
Don Diègue ?
U. DIÈaiTB.
Madame ?
BÉATRIX
Elle s'en est allée,