‹ Théatre completChapitre 146 sur 407 · SCÈNE III DON JUAN, DON DIÈGUE, LÉONORE, ROQUESPINE · texte numérisé non relu

SCÈNE III DON JUAN, DON DIÈGUE, LÉONORE, ROQUESPINE

D. JUAN

Eh, de grâce, arrêtez ; J'ai donc toujours pour moi des incivilités, El je verrai toujours favoriser les autres? Mais il m'importe peu, je ne suis plus des vôtres. Vous ne me verrez plus embrasser vos genoux.

D. DIÊOUE.

J'étais ici venu pour lui parler de vous,

Mais j'ai perdu ma peine, elle est toujours la même,

Et pour vous sa rigueur, je l'avoue, est extrême.

D. JUAN

n m*est Indifférent qu'elle soit douce ou non. J'en veux tout oublier, et, si je puis, le nom; Et c'est là le sujet qui chez elle m'amène. J'ai dessein de servir cette madame Hélène, Que vous connaissez tant, et qui la retira Chez elle, quand l'ingrate enfin me déclara Qu'elle ne m'aimait point; depuis cette journée J'ai résolu d'aimer quelque dame bien née. Et qui reconnaîtra la constance et la foi D'un homme de mérite, enfin fait comme moi.

O. DIBGUE.

Je trouve en ce dessein quelque obstacle, me semble. Un don Pèdre la sert, ils sont fort bien ensemble. Don Pèdre est mon cousin, des champs tout frais venu.

D. JUAN

Ce que vous voulez dire à moi-même est connu ; Mais ce don Pèdre-là n'est qu'une grosse bête.

Il est vrai, mais je sais qu'elle l'a dans la tête, Â cause qu'il est riche : elle aime plus le bien Que vertu ni noblesse.

D. JUAN

Et moi, je n'en crois rien.

Ce don Pèdre tantôt lui donne sérénade, L'homme que vous voyez, lui dresse une embuscade. Oui, je ferai savoir à ce gros paysan Combien pèsent les coups que donne un courtisan. Nous verrons, à ce soir, lequel a belle amie.

Vous irez éveiller une dame endormie.

Faire aboyer les chiens, émouvoir le bourgeois.

Faire pleuvoir sur vous des pierres et du bois.

Laissez-là ce don Pèdre, et par mon entremise,

Hélène vous sera demain peut-être acquise.

Si vous me promettez d'agir d'autre façon :

Ce campagnard, don Pèdre, est un mauvais garçon,

Et bien qu'il soit d'esprit et de corps ridicule,

Il passe en son pays pour un brave, un Hercule.

D. JUAN

Bien, s'il est un Hercule, et moii j'en serai deux. Démordre d'un dessein quand il est hasardeux, Je ne le fis jamais ; vous perdez votre peine. Il laissera la vie, ou bien l'amour d'Hélène.

Don Juan, croyez-moi, le cas est bien douteux : Fafites plus sagement, attendez le boiteux ; Sur le moindre incident on rompt un mariage.

D. JUAN

Et durant ce temps-là que fera mon courage?

Je vous en avertis, mon cousin se bat bien.

D. JUAN

Et moi, me bats-je mal?

Vous n'y gagnerez rien.

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