ACTE IV, SCENE III
D. JUAN
Y gagner de Thonneur avec une maltresse.
N'est-ce pas bien gagner? Adieu, le temps me presse,
Je m'en vais de ce pas m'assurer de mes gens.
Je t'étrillerai bien tantôt, malgré tes dents.
Léonore sort de son cabinet.
Avez-vous entendu ce qu'il m'est venu dire?
LÉONORE
Oui, j'ai tout entendu.
Je crois que le bon sire Avait pris de son vin. Il me fâcherait fort, Comme il sera tantôt sans doute le plus fort, S'il battait mon laquais : j'y donnerai bon ordre. Et j'empêcherai bien ce gros mâtin de mordre. Il les fera beau voir, mon valet est poltron. L'autre ne l'est pas moins, pour être un fanfaron. Bon, voilà Roquespine, il vient, à la bonne heure; •Va quérir une épée, et choisis la meilleure : Prends ma jaque-de-maille et ma rondelle aussi, Et reviens vitement me retrouver ici.
ROQUESPINE.
Suis-je de la partie?
D. DIÉGUE.
Et pourquoi non? apporte Ce qu'il faut pour nous battre, et de la bonne sorte.
ROQUESPINE.
Vous me verrez ici dans un petit moment.
LÉONORE
M'aimez-vous, don Diègue?
Oui, très assurément.
Ne vous parjurez point, je crois bien le contraire. Puisque vous m'aimez bien, comment pouvez-vous faire De semblables desseins, encore devant moi?
D. DIÉGUE.
Je fais voir mon amour, faisant ce que je dois; C'est vous mériter peu que d'être sans courage.
LÉONORE
0 l'étrange discours à quoi l'amour m'engage! Je rougis; ah! mon Dieu, ne me regardez point. J'aime bien don Diègue, et je Taime à tel point, Que pour le conserver je ne veux plus rien dire,
Je n'en ai que trop dit; adieu, je me retire.
D. DIÉGUE.
Ahl madame, achevez le discours commencé; Il était oblîçeant, mais vous l'avez laissé.
point, Mon cœur desespéré manquera de vertu.
Je redoute bien moins une âme de tigresse. Que l'inégalité d'une belle maîtresse, De ce charmant discourd, qui vous a détourné? n promettait beaucoup, mais il n*a rien donné.
LÉONORB.
S'il a promis beaucoup, je tiendrai sa promesse; Si j'avais moins d'amour, j'aurais moins de faiblesse. Puisque votre courage étonne mon amour, Ne se hasarder point, c'est bien faire sa cour.
D. DIÂGUB.
Si ce grand fanfaron par malheur allait battre Mon laquais, il faudrait l'assommer ou combattre; Je hasarde bien moins, empêchant son dessein.
LéONORB.
On ne conserve pas un jugement bien sâin, Quand on a de 1 amour ; mais souvent le courage L'emporte de beaucoup^ sans être le plus sage.
D. DièatJE.
Je crains trop de mourir, puisque je vous suis cher. Si je fais jamais rien qui vous cuisse fâcher, Ne me souffrez jamais : mais voici Roquespine.
L^ONORË»
Aht tout cet attirail de guerre m'assassine; Ce que vous m'avez dit ne peut me rassurer. Adieu, crue]) adieu ; je vais me retirer*
D* DIÈGUB»
Madame) encore Un mot
NoU) méehautt je vous laisse; Je ne saurais vous voir sans mourir de tristesse.
Elle s'en va.