SCÈNE III DON DIÈGUE , HÉLÈNE
Madame, ce n'est pas l'amour qui me ramène; Je perdrais près de vous, et mon temps et ma peine. Je viens vous proposer un homme pour époux. Que vous confesserez être digne de vous. Don Juan Bracamont.
HÉLÈNE
Brisons-là, je vous prie.
Depuis quand faites-vous si fort la renchérie? Il est riche, madame.
HÉLÈNE
Étant de votre main, Il me serait suspect.
C'est mon cousin germain, Qui règne en votre cœur comme un clou chasse l'autre.
HÉLÈNE
C'est ce que vous voudrez.
Il y va trop du vôtre, De prendre un campagnard tout opulent qu'il est.
HÉLÈNE
Tant moins vous l'estimez, d'autant plus il me plaît.
Vous l'aimez donc, madame?
HÉLÈNE
Et de plus, je l'épouse.
Que le ciel me faisant d'une humeur peu jalouse, M'a fait un riche don, quoiqu'il m'ait fait sans bien!
HÉLÈNE
Auprès de Léonore il ne vous manque rien.
Il est vrai, mais pourtant, je crains qu'elle n'apprenne Que je suis venu voir la nonpareille Hélène.
HÉLÈNE
Le péril n'est pas grand pour vous.
Il le serait.
Si j'étais assez riche.
HÉLÈNE
On vous enlèverait.
Si Dieu vous avait fait ce que vous pensez être.
Il m'a fait trop de grâce, en me faisant connaître Que pour vous être cher, il faut n'être pas gueux.
HÉLÈNE
Vous diriez bien plus vrai, si vous disiez fâcheux.
Je me vois sur le point de l'être davantage.
HÉLÈNE
Et comment ferez-vous ?