ACTE I, SCENE II r
D. SANGHE.
C'est assez.
D. FÉLIX
Oui, pour me faire rire :
Mais vous avez beau faire et vous avez beau dire, Je suis trop jeune encor pour un joug si pesant; Que votre nièce soit bien sage, et ce faisant Quelque somme d'argent pourra la satisfaire ; Mais surtout prenez garde, elle et vous, à vous taire.
D. SANGHfi.
Je ne donnerai pas mon honneur pour si peu.
Je l'achèterais trop étant votre neveu.
D. SANGHE.
Je saurai me venger sur vous d'un tel outrage.
D. FÉLIX
Frappez -moi, tuez-moi, mais point de mariage. Jodelet, sais-tu bien le beau dessein qu'il a ? Il jne veut marier.
JODELET
Le grand fou que voilà 1
D. SANGHE.
Un maître me méprise, un valet m'injurie? Que n'ai-je de la force au gré de ma furie!
JODELET
Mon Dieu, qu'il est mauvais!
D. FÉLIX
Taisez-vous, Jodelet.
D. SANGHE.
Hélas, qu'on dit bien, vrai ! tel maître, tel valet.
D. FÉLIX. Il wrt.
Ah I je Tai trop joué, j'ai peur qu'en sa colère Il ne fasse rumeur chez mon futur beau-père.
JODELET
C'est ici justement où je vous attendois ; Vous voulez épouser deux femmes à la fois ? Et quoi ! prétendez-vous que cette jeune fille Pauvre, mais qui pourtant est d'honnête famille, Après avoir conçu deux beaux enfants de vous. S'apaise, en lui faisant seulement les yeux doux. Et vous souffre épouser par quelqu'autre à sa barbe ? Elle n'en fera rien, monsieur, par sainte Barbe ! Puissé-je là-dessus être mauvais devin ! Mais quoique vous soyez et très fourbe et très fin, Vous n'achèverez point ce tour de passe-passe.
D. FÉLIX
L'argent apaise tout, et l'argent tout efface.
Je connais Dorothée, et son vieil oncle aussi,
Et sais que la rumeur qu'il vient de faire ici,
N'est que pour quelque argent dont la somme est petite,
Que je lui dois donner en cas que je la quitte.
Qu'on lui dise de moi tout ce que l'on voudra,
Si je veux, dès demain je ferai qu'elle ira
Parler en ma faveur à ma maîtresse môme,
Tant je suis assuré que la balourde m'aime.
JODELET
Elle en a grand sujet, car vous l'aimez bien fort.
D. FÉLIX
Je m'accommode au temps, et je cède au plus fort.
Je trouve en ma Lucie un ange <jue j'adore,
Un objet qui ravit ; un parti qui m'honore,
Et déjà, Jodelet, j'en serais possesseur.
Si certain courtisan qu'on destine à sa sœur
Etait déjà venu ; on l'attend d'heure en heure.
Et c'est pour mes péchés sans doute qu'il demeure :
Je ferais bien pourtant, pour agir sûrement.
D'aller voir Dorothée, et là civilement
Tâcher de l'apaiser par de belles paroles.
JODELET
Vous l'apaiserez mieux avecque des pistoles.