‹ Théatre completChapitre 168 sur 407 · SCÈNE II JODELET, BÉATRIX, ALPHONSE · texte numérisé non relu

SCÈNE II JODELET, BÉATRIX, ALPHONSE

JODELET

Si le ciel t'avait fait un peu plus pécheresse; Que je serais heureux, t'ayant donné mon cœur ! Car, hélas, malheureux I je suis un peu pécheur. Mais me mordant plus fort que ne ferait un singe, En me criant vilain, tu déchires mon linge : Quand je veux te baiser, tu me mets tout en sang. Que ne m'as-tu percé d'un grand couteau le flanc. Plutôt que de m avoir d'oeillade meurtrière, Réduit au triste état de croire cpie la bière (Qu'on dit être un séjour malsain et catharreux) Serait à moi chétif un séjour bienheureux ! Tu sais que mes tourments sont tourments véritables, Et que je t'aime autant que tous les mille diables.

BÉATRIX

Entendrai-je toujours tes discours d'insensé?

Va te faire panser, si tu te sens blessé ;

Je m'en plaindrai tantôt à don Félix ton maître.

ALPHONSE

Don Félix ? c'est celui que je cherche peut-être; Je le veux accoster. Monsieur

JODELET, arrêtant Béatrix par sa robe.

Mais à propos...

BEATRIX, 8e débarrassant.

Va, parle à qui te parle, et me laisse en repos.

JODELET

Peste soit l'importun qui vient troubler la fête 1 Que j'aurais grand plaisir à lui casser la tête ! Mais il me le rendrait.

ALPHONSE

Je voudrais bien savoir

20Î JODBJiET DUELLISTE.

Où loge don Félix, et quand on le peut voir.

JODELET

Il loge en sa maison.

ALPHONSE

En quel lieu?

JODELET

Dans Tolède.

ALPHONSE

Je le croîs bien ainsi; mais je ne puis sans aide Trouver cette maison, car je suis étranger.

JODELET

Moi, je fais des efforts pour te faire enrager.

ALPHONSE

Et quand peut-on le voir?

Alors qu'on le regarde.

ALPHONSE

Vraiment vous paraissez d'humeur assez gaillarde.

JODELET, tandis qu'Alphons? regarde s'il ne voit personne.

Je serais plus gaillard, si vous étiez plus loin ; Si j'osais lui donner deux ou trois coups de poing.

ALPHONSE, il lui donne un soufflet.

Personne ne nous voit. Il me prend grande envie A ce fat le plus grand que j'ai vu de ma vie, De donner un soufflet au beau milieu du front.

JODELET

Vous avez donc dessein de me faire un affront?

ALPHONSE

Je m'en rapporte à vous.

JODELET

Moi? je n'en veux rien croire, Pour votre conscience et pour ma propre gloire.

ALPHONSE, en s'en allant.

Nous nous verrons encor, mon brave.

JODELET, fait réflexion sur les paroles qu'il a eues avec Alphonse.

Et de bon cœurj Ne commandez-vous rien à votre serviteur ? Et quand le peut-on voir ? Alors qu'on le regarde. Vraiment vous paraissez d'humeur assez gaillarde* Je serais plus gaillard, si vous étiez plus loin. Là dessus il me donne un fort grand coup de poingi C'est ainsi, m'est avis, que s'est passé la chose : Mais avait-il la main toute ouverte ou bien close ? Un coup de poing est plus honnête qu'un soufflet : Je m'en veux éclaircir; quoique simple valet,

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