SCÈNE II JODELET, BÉATRIX, ALPHONSE
JODELET
Si le ciel t'avait fait un peu plus pécheresse; Que je serais heureux, t'ayant donné mon cœur ! Car, hélas, malheureux I je suis un peu pécheur. Mais me mordant plus fort que ne ferait un singe, En me criant vilain, tu déchires mon linge : Quand je veux te baiser, tu me mets tout en sang. Que ne m'as-tu percé d'un grand couteau le flanc. Plutôt que de m avoir d'oeillade meurtrière, Réduit au triste état de croire cpie la bière (Qu'on dit être un séjour malsain et catharreux) Serait à moi chétif un séjour bienheureux ! Tu sais que mes tourments sont tourments véritables, Et que je t'aime autant que tous les mille diables.
BÉATRIX
Entendrai-je toujours tes discours d'insensé?
Va te faire panser, si tu te sens blessé ;
Je m'en plaindrai tantôt à don Félix ton maître.
ALPHONSE
Don Félix ? c'est celui que je cherche peut-être; Je le veux accoster. Monsieur
JODELET, arrêtant Béatrix par sa robe.
Mais à propos...
BEATRIX, 8e débarrassant.
Va, parle à qui te parle, et me laisse en repos.
JODELET
Peste soit l'importun qui vient troubler la fête 1 Que j'aurais grand plaisir à lui casser la tête ! Mais il me le rendrait.
ALPHONSE
Je voudrais bien savoir
20Î JODBJiET DUELLISTE.
Où loge don Félix, et quand on le peut voir.
JODELET
Il loge en sa maison.
ALPHONSE
En quel lieu?
JODELET
Dans Tolède.
ALPHONSE
Je le croîs bien ainsi; mais je ne puis sans aide Trouver cette maison, car je suis étranger.
JODELET
Moi, je fais des efforts pour te faire enrager.
ALPHONSE
Et quand peut-on le voir?
Alors qu'on le regarde.
ALPHONSE
Vraiment vous paraissez d'humeur assez gaillarde.
JODELET, tandis qu'Alphons? regarde s'il ne voit personne.
Je serais plus gaillard, si vous étiez plus loin ; Si j'osais lui donner deux ou trois coups de poing.
ALPHONSE, il lui donne un soufflet.
Personne ne nous voit. Il me prend grande envie A ce fat le plus grand que j'ai vu de ma vie, De donner un soufflet au beau milieu du front.
JODELET
Vous avez donc dessein de me faire un affront?
ALPHONSE
Je m'en rapporte à vous.
JODELET
Moi? je n'en veux rien croire, Pour votre conscience et pour ma propre gloire.
ALPHONSE, en s'en allant.
Nous nous verrons encor, mon brave.
JODELET, fait réflexion sur les paroles qu'il a eues avec Alphonse.
Et de bon cœurj Ne commandez-vous rien à votre serviteur ? Et quand le peut-on voir ? Alors qu'on le regarde. Vraiment vous paraissez d'humeur assez gaillarde* Je serais plus gaillard, si vous étiez plus loin. Là dessus il me donne un fort grand coup de poingi C'est ainsi, m'est avis, que s'est passé la chose : Mais avait-il la main toute ouverte ou bien close ? Un coup de poing est plus honnête qu'un soufflet : Je m'en veux éclaircir; quoique simple valet,