DON PEDRO, DON FÉLIX, HÉLÈNE, DON DIÈGUE
LUCIE
D. PEDRO. Il sort de sa maison avec ses filles.
Bonjour, mes chers enfants, je m'en allais chez vous. Voici l'heure tantôt entre nous arrêtée : Vous plaît-il pas aller chez cette Dorothée?
D. FÉLIX
Monsieur, quelque envieux, infâme et sans honneur (Pour me priver d'un bien dont dépend mon bonheur), A fait courir ces bruits contre ma renommée.
D. PEDRO
Je vais toujours devant; vous et ma fille aînée Me suivrez en carrosse; étant comme je suis. Goutteux sur mes vieux jours, je marche quand je puis ; Quoique vieil animal, je ne suis pas si rosse, Que je ne puisse bien me passer de carrosse. Vous autres jeunes gens, si vous aviez marché, Vous croiriez contre vous avoir fait un péché. Avecque mon bâton je vais fort à mon aise. Il me sert de cheval, de carrosse et de chaise.
Parlant à D. Diègue.
Monsieur, nous ne ferons qu'aller et revenir : Vous aurez cependant, pour vous entretenir, Cette friponne-là, ma cadette Lucie.
HÉLÈNE
Il est plus à propos qu'il soit de la partie.
Vous me dispenserez, nous avons, elle et moi, Quelque chose à vider.
d]8 JODELET DUELLISTE.
HÉLÈNE
Elle et VOUS? et pourquoi?
Je ne puis vous souffrir ainsi seul avec elle.
LUCIE
Quoi, jalouse de moi 1 la fantaisie est belle.
Et d'où vous vient, ma sœur, cette gentille humeur?.
HÉLÈNE
De la vôtre, coquette.
Oh I oh I ma bonne sœur.
Vous me voulez du mal.
HÉLÈNE
Et vous, dont je m'étonne.
Vous voulez trop de bien à certaine personne.
LUCIE
Si Je lui veux du bien, vous en étonnez- vous? Dois-je haïr celui qui sera votre époux?
HÉLÈNE
Devez-vous essayer qu'il devienne le vôtre?
LUCIE
Je ne cours pas ainsi sur le marché d'une autre. Et puis je connais bien que j'y perdrais mes pas : Vous le courez trop fort pour ne l'attraper pas.
HÉLÈNE
Vous ne fûtes jamais qu'indiscrète et piquante.
LUCIE
Je ne serai jamais que votre humble servante.
HÉLÈNE
Vous devriez donc avoir pour moi plus de respect
LUCIE
Monsieur vous devrait donc être un peu moins suspect.
HÉLÈNE
Je crains un courtisan autant qu'une coquette»
Ne craignez rien, ma sœur, d'une pauvre cadette : Monsieur a trop d'esprit pour vous manquer de foi : Vous et cent mille écus valez bien mieux que moi.
HÉLÈNE
Je ne puis donc à moins vous être comparable ?
LUCIE
Vous dites vrai, ma sœur, je suis tout adorable ; Et si vous ne prenez bien garde à votre amant. Je vous le ravirai d'un regard seulement.
HÉLÈNE
Vous le voudriez bien, si vous le pouviez faire;