‹ Théatre completChapitre 184 sur 407 · DON PEDRO, DON FÉLIX, HÉLÈNE, DON DIÈGUE · texte numérisé non relu

DON PEDRO, DON FÉLIX, HÉLÈNE, DON DIÈGUE

LUCIE

D. PEDRO. Il sort de sa maison avec ses filles.

Bonjour, mes chers enfants, je m'en allais chez vous. Voici l'heure tantôt entre nous arrêtée : Vous plaît-il pas aller chez cette Dorothée?

D. FÉLIX

Monsieur, quelque envieux, infâme et sans honneur (Pour me priver d'un bien dont dépend mon bonheur), A fait courir ces bruits contre ma renommée.

D. PEDRO

Je vais toujours devant; vous et ma fille aînée Me suivrez en carrosse; étant comme je suis. Goutteux sur mes vieux jours, je marche quand je puis ; Quoique vieil animal, je ne suis pas si rosse, Que je ne puisse bien me passer de carrosse. Vous autres jeunes gens, si vous aviez marché, Vous croiriez contre vous avoir fait un péché. Avecque mon bâton je vais fort à mon aise. Il me sert de cheval, de carrosse et de chaise.

Parlant à D. Diègue.

Monsieur, nous ne ferons qu'aller et revenir : Vous aurez cependant, pour vous entretenir, Cette friponne-là, ma cadette Lucie.

HÉLÈNE

Il est plus à propos qu'il soit de la partie.

Vous me dispenserez, nous avons, elle et moi, Quelque chose à vider.

d]8 JODELET DUELLISTE.

HÉLÈNE

Elle et VOUS? et pourquoi?

Je ne puis vous souffrir ainsi seul avec elle.

LUCIE

Quoi, jalouse de moi 1 la fantaisie est belle.

Et d'où vous vient, ma sœur, cette gentille humeur?.

HÉLÈNE

De la vôtre, coquette.

Oh I oh I ma bonne sœur.

Vous me voulez du mal.

HÉLÈNE

Et vous, dont je m'étonne.

Vous voulez trop de bien à certaine personne.

LUCIE

Si Je lui veux du bien, vous en étonnez- vous? Dois-je haïr celui qui sera votre époux?

HÉLÈNE

Devez-vous essayer qu'il devienne le vôtre?

LUCIE

Je ne cours pas ainsi sur le marché d'une autre. Et puis je connais bien que j'y perdrais mes pas : Vous le courez trop fort pour ne l'attraper pas.

HÉLÈNE

Vous ne fûtes jamais qu'indiscrète et piquante.

LUCIE

Je ne serai jamais que votre humble servante.

HÉLÈNE

Vous devriez donc avoir pour moi plus de respect

LUCIE

Monsieur vous devrait donc être un peu moins suspect.

HÉLÈNE

Je crains un courtisan autant qu'une coquette»

Ne craignez rien, ma sœur, d'une pauvre cadette : Monsieur a trop d'esprit pour vous manquer de foi : Vous et cent mille écus valez bien mieux que moi.

HÉLÈNE

Je ne puis donc à moins vous être comparable ?

LUCIE

Vous dites vrai, ma sœur, je suis tout adorable ; Et si vous ne prenez bien garde à votre amant. Je vous le ravirai d'un regard seulement.

HÉLÈNE

Vous le voudriez bien, si vous le pouviez faire;

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