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ACTE III, SCENE V

Mais Yos discours piquants commencent à déplaire. Vous viendrez avec nous, monsieur, si vous m'aimez. Ou bien tous mes soupçons seront trop confirmés.

Je veux vous obéir, mais ce soupçon m'offense, Et don Félix sait bien quelle est mon innocence.

HÉLÈNE

Don Félix, vous avez ici même intérêt.

D. FÉLIX

Ah! madame, je sais la chose comme elle est.

Le seigneur don Diègue est un autre moi-même :

S'il a voulu parler à la beauté que j'aime.

Qui depuis ces faux bruits qui m'ont assassiné.

Me fait souffrir des maux comme en souffre un damné.

Ce n'est qu'en ma faveur, ce n'est qu'à ma prière.

Il connaît la rigueur de cette beauté fière;

Il sait que depuis peu son malheureux amant

(Qui se tiendrait heureux d'un regard seulement),

Réduit au désespoir de la voir si cruelle,

A quasi fait dessein de mourir avant elle.

LUCIE

Vous seriez, don Félix, un peu trop inhumain ; Je ne mérite pas un si beau coup de main. Si vous vouliez pourtant faire cet4,e prouesse. Moi, qui n'ai pas encor vu d'homme qui se blesse. Vous ne me verriez plus douter de votre foi ; Mais nous perdrions trop, et Dorothée, et moi. Et messieurs vos enfants demeureraient sans père.

D. FÉLIX

Dois-je mourir d'amour pour qui me désespère?

LUCIE

Dois-je mourir d'amour avant que savoir bien Si Dorothée est sage, et vous homme de bien?

HÉLÈNE

Ahl seigneur don Félix, c'est se rompre la tête;

Vous ne connaissez pas cette méchante bête ;

Si vous vous arrêtez à ce qu'elle dira,

Mon pauvre don Félix, l'esprit vous tournera.

Apprenez qu'aujourd'hui son démon la possède,

Et quand ce mal lui prend, qu'il n'est point dans Tolède

D'homine assez patient pouf ne point enrager.

LUCIE

Laissez-moi donc ici pour fuir ce danger. Et courez vitement oii don Félix vous mène. Mon père vous attend, que vous mettrez en peinc;

Allez, ma chère sœur, allez vérifier

Si ce beau gentilhomme est bon à marier. !

HÉLÈNE

Ce n'est pas tant pour vous que je prends cette peine, Que pour lui.

LUCIE

Mais plutôt, ma bonne sœur Hélène, Ce n'est pas tant pour lui, ni pour moi, que pour vous, Que vous désirez tant de le voir mon époux. Mais vous ne songez pas que vous faites attendre Mon père...

HÉLÈNE

Elle carrosse?

D. FÉLIX

Il doit nous venir prendre Au détour de la rue.

HÉLÈNE

Allons-y vitement.

Adieu, belle inhumaine.

LUCIE

Adieu, parfait amant.

Hélène et D. Félix*8ortent.

LUCIE, seule.

Nous voyons bien pourquoi, madame la jalouse.

Vous souhaitez si fort que don Félix m'épouse :

C'est pour vous assurer votre futur époux.

Dont vous voyez les vœux ne s'adresser qu'à nous.

Ahl je ne vois que trop par son morne silence.

Qu'à vous voir seulement il se fait violence ;

Au lieu que par ses yeux attachés sur les miens,

Je vois qu'assurément il est dans mes liens.

Mais, hélas I il me tient d'une crainte aussi forte;

S'il m'aime avec excès, je l'aime de la sorte. ,

Mais s'il n'est pas à moi, personne ne m'aura.

Mon père là-dessus fasse ce qu'il pourra.

Don Félix là-dessus remue et ciel et terre.

Et ma sœur avec eux me dénonce la guerre;

Si je n'ai don Diègue à la barbe d'eux tous.

Je veux bien n'épouser jamais qu'un vieux jaloux.

Haussant sa Yoix.

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