‹ Théatre completChapitre 187 sur 407 · BÉATRIX , LUCIE · texte numérisé non relu

BÉATRIX , LUCIE

BÉATRIX

En déguisant ma voix, corrompant mon langage.

Et m'acquittant enfla fort bien du personnage, J'ai très adroitement, mais non sans quelque peur, Accosté don Diègue auprès de votre sœur, Et puis je l'ai conduit où vous devez vous rendre. Ce qui s'en est suivi, vous pouvez me l'apprendre.

LUCIE

Ah I chère Béatrix, que tout est bien allé I Et que j'ai doctement à mon père parlé! J'avais honte pourtant, bien assise à mon aise, De le souffrir debout à côté de ma chaise. J'ai fait croire au vieillard tout ce que j'ai voulu, Je ne me vis jamais l'esprit si résolu. Il croit assurément que je suis Dorothée; Que celle qu'il a vue est personne apostée, Que don Félix a fait parler pour de l'argent; Qu'en cela l'on lui fait un affront outrageant. Enfin j'ai si bien fait avec mon beau langage. Que peut-être il rompra tantôt mon mariage. Je Tenteudais disant, en se mordant les doigts : Don Félix veut avoir deux femmes à la fois I Et que l'une des deux soit ma fille Lucie ! Ah I vraiment l'alliance était fort bien choisie ! Ah ! j'empêcherai bien qu'on se moque de moi, Impudent affronteur, sans honneur et sans foi. Enfin je l'ai laissé pester tout à son aise, Et suis vite venue au grand train dans ma chaise, Tout droit au rendez-vous que je t'avais donné, Où très adroitement tu l'avais amené.

Mais j'aperçois venir le vieillard qui rumine; Allons quitter le voile, et faisons bonne mine.

Page 1