BÉATRIX, LUCIE
BÉATRIX
Me voici, madame.
LUCIE
Ecoute, j'aime, Et pour te dire vrai, j'aime plus que moi-même Ce jeune cavalier qu'on destine à ma sœur; Et je me trompe fort, ou je règne en son cœur. Au premier carrefour va louer une chaise : De ceci, Béatrix, il faut que l'on se taise; Tout mon bonheur dépend aujourd'hui du secret Et des inventions de ton esprit discret. Cours après don Diègue, il est avec Hélène, Et que ton bel esprit adroitement le mène Devant les Jacobins, où je me trouverai. Déguise bien ta voix.
BÉATRIX
Le mieux que je pourrai.
LUCIE
Va donc quérir mon voile, et te cache d'un autre.
BÉATRIX
Si vous changiez de robe? on connaîtra la vôtre.
LUCIE
Ma chaise empêchera qu'on ne la puisse voir. Et le bon don Pedro, comme tu peux savoir. Au delà de son nez ne voit rien sans lunettes; Il aura çrand besoin d'en avoir de bien nettes. Pour voir clair dans l'affaire où je vais le brouiller Avecque don Félix. Allons nous habiller. J'ai des lettres à prendre au fond de ma cassette, Viens vite me l'ouvrir ; mais surtout sois secrète.