SCÈNE V ALPHONSE , DON DIÈGUE
ALPHONSE, auprès de son maître.
Hé bien, le stratagème a-t-il bien réussi?
Je n'en sais rien encore.
328 JODSLET DUELLISTE.
ALPHONSE
Et le futur beau-père ?
D. DIÉGUE*
Il jure, don Félix enrage, et moi, j'espère.
ALPHONSE
Et pourquoi don Félix ?
D. OIÈGUE.
Son cas aussi va mal, Et je n'ai plus sujet de craindre un tel rival. Il déplaît à Lucie, et moi tout au contraire. J'ose bien devant toi me vanter de lui plaire ; Car enfin, mon ami, si tu veux tout savoir. Sans qu'on en sache rien, nous venons de nous voir ; Cette assignation d'elle-même est venue.
Je ne l'ai point par pleurs ni soupirs obtenue, C'est un tour raffine d'amour et de bonté, D'autant plus obligeant qu'il ne m'a rien coûté : Au reste, si d'abord j'y trouvai tout aimable, Elle s'est aujourd'hui fait voir toute adorable ; Et pourtant ce beau corps qui se fait adorer, A son divin esprit ne se peut comparer.
ALPHONSE
Si vous vouliez, monsieur, finir cette légende, (Car vous êtes en train de la faire bien grande) Il vaudrait mieux parler du tour que j'ai joué, Dont je devrais, me semble, être un peu plus loue. Pouvait-on mieux user de cette fausse lettre ? Ai-je rien oublié de ce qu'il fallait mettre? Le vieillard a-t-il mal donné dans le panneau? Et jamais aurez-vous un prétexte plus beau Pour rompre votre noce un peu précipitée ?
D. DIÉGUE.
Comment t'es-tu servi du nom de Dorothée ?
ALPHONSE
J'ai pris le premier nom qui s'est offert à moi.
Trouveras-tu mauvais, si, courant après toi, Pour rendre encor mieux la chose vraisemblable. D'injures et de coups...
ALPHONSE
Cela n'est pas faisable.
D. OIÈGUE.
Tu ne sais pas encore?
Je vous entends fort bien ;