SCÈNE VIII DON FÉLIX, JODELET
Vous avez donc querelle, à ce que l'on m'a dit?
JODELET
Moi, querelle?
D. FÉLIX
Oui, vous.
JODELET
Mon Dieu, comme on médit I Assurément, monsieur, je n'ai point eu querelle, Oui, bien un beau soufflet.
D. FÉLIX
La diff'érence est belle !
Et qui vous Ta donné ?
JODELET
Ce n'est qu'un fanfaron.
Cet Alphonse qui sert don Diègue Giron.
D. FÉLIX
Je veux absolument qu'on se venge ou qu'on sorte.
JODELET
J'espère m'en venger, et de la bonne sorte.
D. FÉLIX
Et vous l'a-t-il donné bien fort ?
JODÇLET.
GoUSSi, COUSSK
Et comment a-t-il fait ?
JODELET, lui donnant un soufflet.
Ma foi, monsieur, ainsi.
D. FÉLIX
Si je prends un bâton...
JODELET
Le récit véritable Ne se peut faire mieux que par un coup semblable.
D. FELIX
Vos libertés enfin vous feront maltraiter.
JODELET
Monsieur, vous savez bien que je ne puis flatter.
D. FÉLIX
Jodelet, on m'a fait une pièce fâcheuse, Il faut assurément que quelque âme envieuse Ait fait, pour me priver de l'objet de mes vœux, Courir des bruits de moi très désavantageux.
JODELET
Je vous Tai toujours dit, votre façon de vivre, Très bonne à détester, et très mauvaise à suivre, Vous doit perdre à la fin.
D. FELIX
Ah I je le connais bien.
JODELET, il redit les vers qui sont au commencement.
Vois-tu, j*aime partout, et si je n'aime rien; Et je me ris souvent, très maître de moi-même, De celle qui me hait et de celle qui m'aime. Je prends plaisir à faire enrager des rivaux.
D. FÉLIX
Qu'est-ce que tu dis là?
JODELET
Certains discours moraux Que j'ai souvent l'honneur de vous entendre dire.
D. FÉLIX
Ah ! mon Dieu, Jodelet, il n'est plus temps de rire, Je ne veux plus songer qu'à finir ces bruits-là. Et me justifier à Pedro d'Avila ; Je suis las d'en avoir la tête inquiétée. Viens, je veux t'envoyer parler a Dorothée. Don Diègue m'a fait un tour d'homme sans foi. Mais il s est fait du mal autant et plus qu'à moi ; Je l'estime perdu dans l'esprit de Lucie :