DON FÉLIX, ALPHONSE, DON PEDRO
D. FÉLIX
Faut-il qu'un tel malheur vienne troubler ma joie !
D. PÉDRO
Elle est jeune, monsieur, et ce ne sera rien ; J'en ai souvent autant, et je m'en guéris bien.
D. FÉLIX
Voyant ainsi souffrir ma déité visible.
Si je ne m'affligeais, je serais insensible.
D. PÉDRO
Ne vous affligez point ; je vous dis tout de bon. Et foi d'homme a'honneur, que tantôt sourde ou non, Que sa douleur augmente ou bien qu'elle finisse, Je veux absolument que l'hymen s'accomplisse* Et d'inclination aussi bien que d'honneur. Je m'y trouve engagé.
Hélas ! tout mon bonheur Dépend dé son amour, mon malheur de sa haine : C'est m'élever au trône, au sortir de la chaîné.
AOTB V, SCBNB III. 239
D. PEDRO, parlant i Alphonse qui parait sur le théâtre.
Vous voilà donc encor ? je vous croyais parti.
ALPHONSE
Je m*en vais à la cour chercher quelque parti ; Mais un de mes amis à demeurer m'engage, En me faisant trouver un mulet de louage.
D. PEDRO
Et le bon don Diègue est-il encore ici? Est-il allé tirer sa femme de souci ?
ALPHONSE
Il est parti tantôt, et j'apporte une lettre
Qu'en passant par la poste on vient de me remettre :
Elle s'adresse à lui, vous la verrez, monsieur.
Ne commandez-vous rien à votre serviteur ?
D. PEDRO
Ami, Dieu te conduise et te donne un bon maître. Or çà, voyons un peu la lettre de ce traître. De ce faux don Diègue : ô l'insigne imposteur! Et qui n'aurait trompé ce visage menteur ?
« Mon cher époux,
« Sachant que don Félix de Fonsèque est votre ami, je « vous écris à la hâte qu'on a exécuté ici des faux-mon- « nayeurs, qui l'ont accusé d'être leur complice. Aver- « tissez-le qu'un exempt est parti avec ordre de le « prendre en quelque lieu qu il soit, et revenez voir « promptement votre fidèle
» Dorothée* »
D* PÉDROi
Eh c[uoi! vous travaillez en moderne médaille? Vraiment je fais grand cas d'un homme qui travaille» Multiplier ainsi les armes de son roi, C*e8t pour être bientôt dans quelque bon emploi.
D« FÉLIX
Que me dites-vous là? Je n'y puis rien comprendre*
D. PEDRO
Lisez, lisez, monsieur. Autre fourbe de gendre* Ma foi, j'étais pourvu de gendres richement; Le bon Dieu nous assiste, et bien visiblement; Et ces deux lettres sont un fort bon témoignage Qu'il a jeté les yeux sur mon petit ménage.
D. FÉLIX
Monsieurj je veux savoir d'où cette lettre vient j
Et l'on me fait grand tort, monsieur, si 1 dn nd tient
Le fourbe qui vous vient d'apporter cette lettre.
D. PEDRO
Vraiment il est bien loin.
D. FÉLIX
Je veux le faire mettre Au fond d*une prison, tant qu'il ait confessé Qui m'a si mécnamment en l'honneur offensé.
D. PEDRO
Que veut ce cavalier?