‹ Théatre completChapitre 200 sur 407 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

Pourquoi donc l'épée hors du fourreau ?

JODELET

Ma foi, je récitais des vers de comédie.

ALPHONSE

Ah I c'est trop lanterner, je veux qu'on me le die, Contre qui s'est battu le grand fou que je voi ?

JODELET

Contre un qui s'est battu vaillamment, sur ma foi. J'estime la valeur en mon ennemi même.

ALPHONSE

Vous a-t-il point blessé, que vous êtes si blême ? Suivant votre cartel, que j'ai tantôt reçu. Je viens vous contenter.

JODELET

Quelqu'un vous a déçu, Je n'écrivis jamais de ma vie, ou je meure ; Puis, je ne me bats pas deux fois en un quart d'heure.

ALPHONSE

Qu'on liie ce cartel.

JODELET

Oui-dà, je le lirai.

Puis après, s'il vous plaît, monsieur, je m'en irai.

« Quelques médisants disent que vous m'avez donné <( un soufflet : je ne puis croire cela de votre courtoisie. <K Mais le moyen de faire taire le peuple, si ce n'est que a votre seigneurie ne lui ferîne la bouche de sa main n libérale, comme on dit qu'elle a fermé la mienne? Mon « maître m'a dit qu'il faut pour mon honneur que je vous « donne des coups de bâton, ou que j'aie de votre sang, c Je ne songe pas à vous en donner, parce que j'y trouve M quelque difficulté; et encore qu'à vous tirer au sang, « et vous attirer à la campagne, je trouve aussi quelque « chose qui me choque, je prie pourtant votre seigneurie « de se trouver vers le soir à la grand'place, et de par- « donner la peine que lui donne son humble serviteur,

« JODELET

ALPHONSE

Eh bien ! que dites-vous de ce brave cartel ?

JODELET

Que béni soit de Dieu celui qui l'a fait tel.

ALPHONSE

Il n'est donc pas de vous ?

238 JODELBT DUELLISTE.

JODELET

Ah ! VOUS pouvez bien croire Que je n'ai pas pour vous d'intention si noire.

ALPHONSE

J'ai quelque affaire ailleurs, et si je n'en avois, Je m acquitterais mieux de ce que je vous dois. Je crois m'en acquitter un jour en galant homme.

II le bat et s'ea va.

Recevez cependant cette petite somme

De nazardes, soufflets, coups de pieds et de poings.

JODELET

J'eusse bien attendu, je n'en ai pas besoin.

Enfin nous avons donc la dague dégainée.

Et nous sommes trouvés en campagne assignée.

Si je ne l'eusse fait, qu'est-ce qu'eût dit de moi

Ce drôle ? il en eût fait cent pièces, sur ma foi.

Oh I qu'il est important d'avoir bien du courage !

Et que je me vais plaire à faire du carnage !

Je m'en vais devenir un vrai coupe-jarret,

On ne me verra plus à la main qu'un fleuret.

Mais j'aperçois quelqu'un. J'ai peur qu'on ne me voie.

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