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ACTE V, SOBNB VII

HÉLÈNE

Moi-même, Je vous le céderai, car je sais qu'il vous aime.

LUCIE

Vous me le céderez ?

HÉLÈNE

Oui, je vous le promets.

LUCIE

Je ne suis donc plus sourde, et ne la fus jamais.

D. PEDRO

Dieu soit loué, la fourbe est enfin découverte.

HÉLÈNE

Eh bien, ne suis-je pas à guérir très experte?

D. DIEGUE, 86 mettant à genoux avec Lucie.

Vous pouvez bien, monsieur, nous rendre malheureux,

Mais vous pouvez aussi par un trait généreux

Suspendre les effets d'une juste colère,

En faveur des bontés que doit avoir un père.

Je n'aime que Lucie, elle n'aime que moi;

Nous nous sommes donnés l'un et l'autre la foi ;

Et nous sommes, monsieur, si bien unis ensemble,

Qu'on nous fera mourir, si l'on nous désassemble.

LUCIE

Et moi, si je n'obtiens l'époux que je prétends. Je redeviendrai sourde, et sourde pour longtemps.

HÉLÈNE

Mon père, voulez-vous que l'affront m'en demeure ?

LUCIE

Mon père, voulez-vous à l'instant que je meure?

D. PEDRO

Vous me causez ici d'étranges passions.

Mais pourtant je défère aux inclinations ; Puisqu'il aime Lucie au mépris de l'aînée, Il faut bien que le ciel ait la chose ordonnée ; Et que la passion qui le moins me revient, L'avarice s'entend, n'est pas ce qui le tient,

Recevant mon cousin, mademoiselle Hélène Gagne aussi bien que lui ; car outre que sa haine M'est justement acquise, ayant si mal usé Du bien qu'elle m'offrait, et que j'ai refusé ; En richesse, en crédit, en esprit, en courage, Je confesse qu'il a sur moi grand avantage.

Monsieur est très aimable, et je vous en crois bien ; Mais vous paraissez tel, et vous ne valez rien.

D. GASPARD

Ne m^attribuez rien digne de cette belle, Qu'un amour violent dont je brûle pour elle.

D. PEDRO

Je passerais pourtant pour un sot bien aisé. Si je m'adoucissais, étant si méprisé.

Doïs-je donc châtier sa désobéissance ?

Ou dois-je déférera l'humaine impuissance?

LUCIE

Ah! mon père, pardou.

Ayez pitié de nous, De deux pauvres amants qui sont à vos genoux.

D. GASPARD

Ne m'accusez-vous point d'espérance trop vaine, De demander leur grâce et votre ûlle Hélèue?

D. PEDRO

Eh bien, que dites-vous, ma fille, là-dessus?

HÉLÈNE

Devant vous je n'ai point de choix ni de refus ; J'espère que ma sœur et son cher infidèle Me vengeront l'un l'autre, elle de lui, lui d'elle ; Tltje pense, acceptant le parti présenté. Que je reçois bien plus qu'on ne m'avait ôté.

D. PEDRO

Qu'on tienne donc demain toute chose apprêtée.

Tandis que don Félix contre sa Dorothée

Devant 1 officiai se défendra s'il peut,

Nous irons à Madrid, puisqu'ainsi Dieu le veut.

Et là gaillardement mettre fin à nos noces.

Je vais pour cet effet donner ordre aux carrosses.

D. GASPARD

Monsieur, si vous avez quelqu'un à quereller, Vous savez qui ie suis, vous n'avez qu'à parler ; Je me bats quelquefois sans qu'il soit nécessaire. Jugez si je ferai des combats pour vous plaire ; Il coûtera du sang à qui vous fâchera. Et pour un seul regard on vous satisfera ; Faites des ennemis autant que bon vous semble, Vous me verrez tout seul les battre tous ensemble,

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