ACTE I, SCENE I
D. JUAN
Fusses-tu las aussi de tant m'entreteuir! J*ai bien ici besoin de patience extrême.
JODELBT.
Vous vous souviendrez donc que votre peintre même Me voulut peindre aussi.
D. JUAM.
Poursuis, je le sais bien.
JODELET
Savez-vous bien aussi qu'il ne m'en coûta rien ;
Et que ce bon Flamand est brave homme, ou je meure?
Eh bien, crois-tu pouvoir achever dans une heure? As-tu brûlé, vendu, bu, mangé mon portrait? L'ai-je encore, Ta-t-elle, enfin qu'en as-lu fait?
JODELET
Donnez-moi patience, et vous allez l'apprendre.
Mais retournons chez nous, et laissons-là la Flandre.
Comme j'étais après à vous empaqueter.
Vous savez que ie suis très facile a tenter.
Et que le ciel ma fait curieux de nature.
Pour votre grand malheur j'avisai ma peinture;
Celle qu'au Pays-Bas, comme je vous ai dit.
Sans qu'il m'en coûtât rien votre peintre me fit;
Je la mis aussitôt vis-à-vis de la vôtre.
Pour voir si l'une était aussi belle que l'autre :
Lors je ne sais comment le diable s'en mêla.
Ni ne puis vous conter comment se fit cela,
La mienne prit la poste, et la vôtre restée.
Fit que j'eus quelques jours la tête inquiétée :
Mais le temps qui dissipe et chasse les ennuis,
M'ayant favorisé de quelques bonnes nuits.
Je me suis défâché de peur d'être malade.
Vous, si vous me croyez, sans faire d'incartade,
Vous ne songerez plus au mal que j'ai commis ;
Puisque c'est par mégarde, il doit être remis.
Voilà la vérité, comme on dit, toute nue.
D. JUAN
Et qu'aura-t-elle dit de ta face cornue?
Chien 1 qu'aura-t-eiie dit de ton nez de blaireau?
Infâme 1
JODELET
Elle aura dit que vous n'êtes pas beau. Et que si nous étions artisans de nous-mêmes. On ne verrait partout que des beautés extrêmes.
Qu'un chacun se ferait le nez efféminé, Et gue vous Tavez tel que Dieu vous l'a donné. Mais que mal à propos peu de chose vous choque ! Si vous pouvez demain lui conter Téquivoque, Quand elle vous verra brillant comme un pnébus, Vous me remercierez d'un si plaisant abus.
D. JUAN
Paix là I je vois quelqu'un qui saura bien peut-être Où loge don Fernand : va le joindre.
JODELET
Mon maître !
D. JUAN
Que veux-tu ? parle bas.
Peut-être il n'en sait rien.
D. JUAN
Ah, malheureux poltron ! tu mériterais bien Qu'il te donnât cent coups.
JODELET
Il le pourra bien faire.
Cavalier?