‹ Théatre completChapitre 216 sur 407 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

ETIENNE

Oui, mais il est malade, et n'aime pas le bruit. Quelles gens étes-vous?

JODELET

Nous n'allons que la nuit, Nous portons à la nuit amitié singulière, Et serions bien fâchés d'avoir vu la lumière : •

Nous sommes de Norvège, un pays vers le nord, Où maudit d'un chacun est tout homme qui dort. Pour moi, je ne dors point ; voyez-vous là mon maître? C'est le plus grand veilleur qui se trouve peut-être.

ETIENNE

Ou plutôt un voleur qui me fera raison

De m'avoir l'autre jour surpris en trahison.

Oui, je le connais bien, et vous étiez ensemble.

JODELET

Homme un peu bien colère et bien fou, ce me semble. Sachez si nous l'étions la moitié tant que vous. Que de ma blanche main vous auriez mille coups, Et si vous ne fuyez, que cette mienne lame N'aura plus de fourreau que celui de votre âme. Mon maître, avancez-vous, je commence à mollir, Et sans l'obcurité vous me verriez pâlir.

D. JUAN

A moi, rustaud, à moi, que je vous civilise!

ETIENNE

Si faut-il, ténébreux, que je vous dépayse ;

A deux cents pas d'ici, quoique vous soyez^deux ;

Si vous osez me suivre, on s y battra bien mieux.

D. JUAN

Oui-dà je vous suivrai.

JODELET

La peste, comme il drille I J'ai pourtant eu frayeur de ce chien de soudrille. Autrement sans péril ^ejui cassais les os. Foin, je n'aurai jamais poltron plus à propos. Mais d où diable est sorti cet autre vilain homme ?

Page 1