ACTE II, SCENE II
Qui, méthodiquement, vous lèche le morveau , Un faiseur de recueils, un débiteur de rimes, Un de ces libertins qui causent aux minimes, Un plisseur de canons, un de ces fainéants Qui passent tout un jour à nouer des galants, Ou se faire traîner couché dans un carrosse; Si je lui faisais plaie, ou du moins une bosse, Ne ferais-ie pas bien ? qu'en dis-tu, ma raison, Puis-je oublier sa faute à moins d'être un oison? La coquine s'en rit, et je veux qu'elle en pleure; Et moi, j'en ris aussi, peu s'en faut, ou je meure : Quand quelqu'un pleure ou rit, j'en use tout ainsi, Et parce qu'elle rit, je m'en vais rire aussi : Peste, que je suis sot!
Il rit, voyant rire sa fille.
ISABELLE
Je confesse, mon père.
Que vous avez raison de vous mettre en colère ; Mais confessez aussi, regardant ce tableau, AfTreux au dernier point, bien loin de sembler beau, Que ma douleur est juste alors qu'elle est extrême, Et Qu'il faut bien qii'ii soit la brutalité même. Le orutal sur lequel ce marmouset est fait.
D. FERNAND
Vous jugez donc d'un homme, en voyçint son portrait?
Souvent un vilain corps loge un noble courage.
Et c'est un grand menteur souvent que le visage.
Il est vrai, celui-ci doit se plaindre de l'art.
Et tout y représente un insigne pendard.
Où diable ai-je péché ce détestable gendre?
Et comment don Fernand a-t-il pu se méprendre?
Je pensais bien avoir trouvé la pie au nid.
Mais pourtant, mais pourtant, beaucoup de gens m'ont dit
Qu'on estime à la cour ce Juan d'AJvarade.
Or bien, promettez-moi, sans faire de boutade,
Que vous le traiterez partout civilement ;
Et moi, je vous promets, foi d'homme qui ne ment.
S'il se trouve aussi sot que sa peinture est laide,
A tous ces embarras, de donner bon remède.
Mais une dame vient qui ne veut se montrer :
Je voudrais bien savoir qui l'aura fait entrer.
Sans venir demander si nous sommes visibles;
Les bourreaux de valets sont tous incorrigibles.
Madame, sans vous voir, et sans vous demander
Le nom que vous avez, vous pouvez commander.