LUCRÈCE , DON FERNAND
LUCRÈCE
Je n'attendais pas moins d'une âme si civile,
Je viens, ô don Fernand, chez vous chercher asile,
Mais puis-je sans témoins vous conter mon malheur ?
D. FERNAND
Oui-dà, retirez-vous. Inbelle et Béatm sortent.
LUCRÈCE
Fais si hien, ma douleur.
Que Ton puisse trouver cfuelque excuse à mes fautes; Non, je ne me plaius point du repos que tu m'ôtes. Si je puis faire voir, par mes pleurs infinis. Que mes yeux ont été de mon crime punis. Mes yeux, mes traîtres yeux qui reçurent la flamme Qui noircit mon honneur et me couvre de blâme : Mes traîtres yeux de qui les criminels plaisirs Me feront à la fin exhaler en soupirs. Pleurez donc, ô mes yeux, soupirez, ma poitrine.
D. FERNAND
Parbleu ! cette étrangère est de fort bonne mine.
LUCRÈCE
Et vous, mes faibles bras, embrassez ses genoux. Vous ne me verrez point lever de devant vous. Que je n'aie obtenu le secours que j'espère.
D. FERNAND
Ce style est de roman, et je vous en révère. Ma sotte d'Isabeau n'a jamais lu roman ; Quand est de moi j'estime Amadis grandement. Vous n'êtes pas personne à qui rien on refuse; De refuser aussi personne ne m'accuse ; Croyez donc aisément, tout cela supposé. Qu'il ne vous sera rien de ma part refusé.
LUCRÈCE
Il faut donc, ô Fernand, que je vous importune Du récit de ma race et de mon infortune ; Pour ma race bientôt vous en serez savant, Car mon père défunt m'a dit assez souvent Qu'il avait avec vous fait amitié dans Rome, Et qu'il vous connaissait pour brave gentilhomme.
D. FERNAND
Ces vers sont de Mairet, je les sais bien par cœur.