‹ Théatre completChapitre 223 sur 407 · LUCRÈCE , DON FERNAND · texte numérisé non relu

LUCRÈCE , DON FERNAND

LUCRÈCE

Je n'attendais pas moins d'une âme si civile,

Je viens, ô don Fernand, chez vous chercher asile,

Mais puis-je sans témoins vous conter mon malheur ?

D. FERNAND

Oui-dà, retirez-vous. Inbelle et Béatm sortent.

LUCRÈCE

Fais si hien, ma douleur.

Que Ton puisse trouver cfuelque excuse à mes fautes; Non, je ne me plaius point du repos que tu m'ôtes. Si je puis faire voir, par mes pleurs infinis. Que mes yeux ont été de mon crime punis. Mes yeux, mes traîtres yeux qui reçurent la flamme Qui noircit mon honneur et me couvre de blâme : Mes traîtres yeux de qui les criminels plaisirs Me feront à la fin exhaler en soupirs. Pleurez donc, ô mes yeux, soupirez, ma poitrine.

D. FERNAND

Parbleu ! cette étrangère est de fort bonne mine.

LUCRÈCE

Et vous, mes faibles bras, embrassez ses genoux. Vous ne me verrez point lever de devant vous. Que je n'aie obtenu le secours que j'espère.

D. FERNAND

Ce style est de roman, et je vous en révère. Ma sotte d'Isabeau n'a jamais lu roman ; Quand est de moi j'estime Amadis grandement. Vous n'êtes pas personne à qui rien on refuse; De refuser aussi personne ne m'accuse ; Croyez donc aisément, tout cela supposé. Qu'il ne vous sera rien de ma part refusé.

LUCRÈCE

Il faut donc, ô Fernand, que je vous importune Du récit de ma race et de mon infortune ; Pour ma race bientôt vous en serez savant, Car mon père défunt m'a dit assez souvent Qu'il avait avec vous fait amitié dans Rome, Et qu'il vous connaissait pour brave gentilhomme.

D. FERNAND

Ces vers sont de Mairet, je les sais bien par cœur.

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