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VIE DE SCARRON. XXlll
Dans les causeries de ces visites ou de ces dîners, Scarron apprenait tout ce qui se passait à la ville et à la cour, et certaine Gazette burlesque, à la façon de celle de Loret, dont il s'était chargé pour le libraire Lancelin, trouvait ainsi, sans effort, son aliment hebdomadaire. Ne pouvant courir après les nouvelles, les nouvelles venaient à lui. Ce journal rimé ne dura guère qu'un an. Commencé avec l'année 1655, il flnit avec elle, sans même que Scarron, chez qui la maladie excusait les intermittences de travail, eût pris part aux numéros de toutes les semaines. D'autres l'avaient souvent suppléé, avec autorisation du libraire et de la censure, le cas ayant été prévu dans le privilège.
C'est à cause de ce mélange de rédactions que cette Gazette, d'ailleurs curieuse, n'a jamais été comprise dans ses œuvres.
De ce qu'il avait été gazetier, Scarron s'imagina qu'il pouvait être historien. Â la mort de Costar, il demanda sa charge d'historiographe^, mais sans succès, comme il était aisé de le prévoir. Heureusement une assez grasse pension lui était venue, non de la cour, où la Heine-Mère et Mazarin lui tenaient rigueur depuis la Fronde, mais de chez le surintendant Fouquet, dont la femme avait pris Françoise d'Àubigné en assez vive amitié pour ne lui refuser rien. Cette pension, qui était de 1,600 livres, lui échut ainsi, et de plus, grâce encore au surintendant, il put obtenir, après bien des peines il est vrai , le privilège d'une entreprise de déchargeurs et charretiers qui ne lui rapporta pas moins de 6,000 livres par an*.
Il était donc dans une sorte d'aisance lorsqu'il mourut le 7 octobre 1660, pleuré de tous ceux qu'il avait fait rire, c'est-à-dire de tout le monde; et regretté de sa veuve plus que de personne. Lui-môme avait fait son épitaphe qui est d'une vérité navrante :
Celny qui cy maintenant dort Fit plus de pitié que d'envie Et souffrit mille fois la mort Avant que de perdre la vie.
Passants, ne faites pas de bruit, Et gardez-Tous qu'il ne s'éveille, Car voici la première nuit Que le pauvre Scarron sommeille.