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ACTE III, SCÈNE IV

D. FERNAND

Oui, ce fut don Louis ; et, ce qui désespère,

La sœur de don Juan m*implore contre lui :

Lui puis-je honnêtement refuser mon appui?

Aujourd'hui mon neveu m'est venu tout de môme

Dirç qu'il a besoin de ma prudence extrême

Contre un homme qu'il a doublement offensé,

Et cet homme est mon gendre, et moi pauvre insensé,

Tantôt à mon neveu, tantôt à ce beau gendre,

Je ne sais guel parti je dois laisser ou prendre :

Oui, ma foi, j'en suis fou, si jamais je le fus.

Adieu, je vais tâter mon gendre là-dessus.

ISABELLE , «eule.

Et moi, je vais pleurer ma triste destinée. 0 ciel! à quel brutal m'avez-vous condamnée? N'était-ce pas assez de cette aversion.

Sans me troubler encor d'une autre passion? Oui, ciel ! c'était assez pour être malheureuse. Mais voulez-vous encor que je sois amoureuse? Ah ! c'est trop me haïr, que de me faire aimer Un que je n'oserais à moi-même nommer.

Toi qui n'es pas pour moi, faut-il que je t'adore ? Et toi pour qui je suis, faut-il que je t'abhorre. Et qu'un troisième mal à ces deux maux soit joint. De don Louis qui m'aime, et que je n'aime point? Oui, bien loin de t' aimer, je te hais, misérable! Mais si ton mal est grand, le mien est effroyable. Laisse, laisse-moi donc, importun don Louis : Regarde au prix de moi de quel heur tu jouis. Tu n'es que trop vengé de la pauvre Isabelle, Toi qui peux sans rougir te dire amoureux d'elle. Toi qui peux sans rougir lui découvrir ton feu. Et tu te plains encor, comme si c'était peu ? Va, va, console-toi, ma fortune est bien pire. Car j'aime, malheureuse, et je n'ose le dire; Et de plus, je te hais ; j'ai ce mal plus que toi ; Et de plus, don Juan sera maître de moi. Ainsi je hais, je crains, et je suis amoureuse. Avec ces passions je ne puis être heureuse. Hélas! de tous ces- maux qui me délivrera?

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