DON FERNAND, LUCRÈCE, D. JUAN, D. LOUIS
ISABELLE
D. FERNAND, dehors.
Il la faut enfoncer.
LUCRÈCE
Je ferai bien d'ouvrir.
D. JUAN, parlant tout bas à sa sœur.
N'ouvrez pas, si par toi l'on peut me découvrir...
LUCRÈCE
Ah I seigneur don Fernand, appelez tous les vôtres.
D. FERNAND
Arrêtez, par la mort ! le premier de vous autres
Qui ne rengainera, je serai contre lui.
0 Dieul que d'embarras m'accablent aujourd'hui?
Qui vous a mis ici, mon neveu? Vous, Lucrèce,
Qui vous a découverte? et vous, quel mal vous presse.
Qui n'avez fait encore ici que quereller?
Vous allez tout savoir.
D. JUAN
Non, laissez-moi parler, Je le sais mieux que lui : mais il faut que je sache Si ce n'est pas céans que Lucrèce se cache. Si don Louis n'est pas parent de la maison.
D. FERNAND
Oui, l'un et l'autre est vrai.
D. JUAN
N'est-ce pas la raison Qu'un valet dans l'honneur d'un maître s'intéresse.
Lorsque dans son honneur on Fattaque, on le blesse ?
D. FERNAND
On ne le peut nier.
D. JUAN
Ecoutez si j'ai tort.
Je suis ici couru que l'on criait bien fort : Lucrèce avait trouvé, sans doute à l'insu d'elle, Don Louis dans la chambre où se couche Isabelle ; Je l'ai vue éplorée, aux prises avec lui, Il faut qu'il ait été caché tout aujourd'hui, Car je n'ai pas levé l'œil de dessus la rue, Et l'on n'a pu sortir sans passer à ma vue.
D. LOUIS
Ah I c'est pour un valet trop de raffinement.
Je ne suis pas au bout, il faut assurément, Mon maître étant époux de madame Isabelle, Qu'il se trouve offensé pour Lucrèce, ou pour elle. Il pourrait bien encor l'être pour toutes deux : Je ne puis donc manquer en un cas si douteux, Puisqu'on toutes les deux il peut aller du nôtre. D'achever don Louis, ou pour l'un, ou pour l'autre,
D. LOUIS
D'achever? tu n'as pas encore commencé.
D. FERNAND
Arrêtez^ don Louis ; vous êtes insensé, Jodelet, ahl voici la plus étrange affaire Dont on ait ouï parier.
D. JUAN
Vous n'y pouvez rien faire, Il faut que je le tue.
D. FERNAND
Ahl mon cher Jodelet!
Remettez votre épée.
ISABELLE
Il faut que ce valet Soit jaloux pour son maître, et la chose est nouvelle.
D. JUAN
On ne saurait jamais vider notre ({uerelle ; Mais pour l'amour de vous j'ose bien hasarder Un moyen gui pourra les choses retarder ; C'est que vous me fassiez chacun une promesse : Vous, seigneur don Fernand, de remettre Lucrèce Au pouvoir de son frère alors qu'il le voudra ; Vous, seigneur don Louis, sitôt que l'on pourra,