SCÈNE II
JODELET, seul, en se curant les dents.
Soyez nettes, mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende.
L'ail, ma foi, vaut mieux qu'un oignon. Quand je trouve quelque mignon.
Sitôt qu'il sent l'ail que je mange.
Il fait une grimace étrange.
Et dit, la main sur le rognon.
Fi, cela n'est point honorable.
Que béni soyez-vous. Seigneur, Qui m'avez fait un misérable Qui préfère l'ail à l'honneur.
Soyez nettes, mes dents, etc.
Que ce fut bien fait au destin De ne faire en moi qu'un faquin, Qui jamais de rien ne s'offense !
Ma foi I j'ai raison qiiand je pense Que plus grand est l'heur du gredin, Ni que du prélat en l'église.
Ni que le prince en un État.
D'être peu beaucoup je me prise, U n'est rien tel qu'être pied-plat.
Soyez nettes, mes dents, etc,
Quand je me mets à discourir Que le corps enfin doit pourrir.