DON JAPHET D'ARMÉNIE , LE BAILLI D'ORGAS
FOUCARAL.
D. JAPHET
Bailli, votre fortune est grande, Puisque vous m'avez plu.
LE BAILLI
Le bon Dieu vous le rende.
D. JAPHET
Peut-être ignorez-vous encore qui je suis, Je veux vous Texpliquer autant que je le puis, Car la chose n'est pas fort aisée à comprendre. Du bon père Noé j'ai l'honneur de descendre, Noé, qui sur les eaux fit flotter sa maison, Quand tout le çenre humain but plus que de raison. Vous voyez qu'il n'est rien de plus net que ma race, Et qu'un cristal auprès paraîtrait plein de crasse : C'est de son seconcl fils que je suis dérivé. Son sang de père en fils jusqu'à moi conservé, Me rend en ce bas monde à moi seul comparable. L'empereur Charles-Quint, ce héros redoutable, Mon cousin au deux mille -huitantième degré, Trouvant avec raison mon esprit à son gré. M'a promené longtemps ijar les villes d'Espagne, Et depuis m'a prié de quitter la campagne ; Parce que deux soleils en un lieu trop étroit. Rendraient trop excessif le contraire du froid. La façon de parler est obscure au village. Entendez-vous, bailli, mon sublime langage.
LE BAILLI
Monsieur, je n'entends pas la langue de la cour.
D. JAPHET
Vous ne m'entendez pas? je vous aime autant sourd, Car assez rarement mon discours j'humanise. Mais pour vous aujourd'hui je démétaphorise, ( Démétaphoriser, c'est parler bassement ) Si mon discours pour vous n'est que de l'allemand, Vous aurez avec moi disette de loquèle. L'empereur donc de qui je suis le parallèle. M'entendez-vous, bailli ?
LE BAILLI
Nenni.
D. JAPHET
Le paragon.
LE BAILLI
Encore moins.
D. JAPHET
Comment, altérer mon jargon ?
Ce serait déroger à ma noblesse antique ; Tâchons pourtant d'user de quelque terme oblique. Pour nous accommoder à cet homme des champs. Charles-Quint donc, mon cher parent, en peu de temps M'ayantmis à mon aise, en prince de Cocagne,