SCÈNE IV LÉONORE, MARINE
LÉONORE
Je ne le puis celer, je l'aime.
MARINE
A la bonne heure,
336 DON JÂPHBT D'ARMÉNIE.
Puisqu'il VOUS aime aussi, voulez-YOus tout à Theure Que j'aille lui parler?
LÉONORE
Ah ! tu ne sais pas tout.
MARINE
Est-ce que l'Adonis se tient sur le bon bout?
Je ne le pense pas ; car il en a dans l'aile,
Et se plaint tous les jours de votre humeur cruelle.
Pourquoi donc tant pleurer? Quelque autre de ce bourg
A-t-elle eu le pouvoir de gagner son amour?
Vous êtes belle et riche, et quoicfue villageoise,
Vous pouvez aspirer à devenir bourgeoise.
S'il était grand seigneur, comme il n'est qu'écolier.
LÉONORE
Si tel que tu le vois il était cavalier!
MARINE
Est-ce lui qui le dit? Il ne faut pas l'en croire; Un inconnu peut bien nous forger une histoire.
LÉONORE
ïu n'en douteras plus, quand je t'aurai conté Par quel moyen je sais quelle est sa qualité : Te souvient-il du jour que du prochain village, Le peuple dans Orças vint en pèlerinage? Te souvient-il aussi de ces deux courtisans Qui se vinrent mêler parmi nos paysans, Dont l'un était fort jeune et de fort bonne mine?
MARINE
Il m'en souvient fort bien, et que, sur sa poitrine, li portait la croix rouge, et même qu'il vous prit Par deux fois à danser ; son compagnon me fit Mille discours en l'air; le fils du vieux Ramire En fut jaloux de vous, et vous en fit bien rire ; Pourquoi m'en faites-vous aujourd'hui souvenir? Je ne vois pas encore où vous voulez venir.
LÉONORE
Quoi! tu ne le vois pasi As-tu des yeux. Marine?
MARINE
J'en ai, mais je ne suis sorcière ni devine.
LÉONORE
Je ne le suis non plus que toi ; mais toutefois J'ai mieux connu que toi, que celui que tu vois En habit d'écolier, et dont je suis éprise. Est le beau courtisan qui pour moi se déguise; Dès le joui" qu'il parut dans notre bourg d'Orgas, Je le reconnus bien, et ne me trompai pas :