‹ Théatre completChapitre 29 sur 407 · SCÈNE III DON SANCHE, MERLIN · texte numérisé non relu

SCÈNE III DON SANCHE, MERLIN

DON SANCHE

Tu dis donc que mon frère est venu ?

MERLIN

Oui, monsieur, craignant fort d'être animal cornu.

Et que cette beauté qu'ici Ton lui destine,

Ne soit pour son repos trop aimable et trop fine.

D. SANCHE

Comment se porte-t-il ?

MERLIN

Ma foi, trop bien pour vous.

Au reste, avant Thymen le' seigneur est jaloux. Sa lettre qu'il m'a lue, et que je vous apporte, Vous fera voir comment son marquisat se porte. Il prétend se cacher quelque temps dans Madrid, Faisant la guerre à l'œil, s'éclaircissant l'esprit Du renom et des mœurs de l'épouse promise. Qui paiera bien chérie titre de marquise.

D. SANCHE

La femme qu'il prendra, doit bien se préparer A mal passer son temps et beaucoup endurer. J'avais, comme tu vois aujourd'hui, pris la botte, Pour aller au-devant de ce franc don Quichotte.

MERLIN

Vous l'avez mieux nommé que vous n'avez pensé. Il n'est pas dans le monde un homme moins sensé. Vous ne croiriez jamais le chagrin et la peine Que je souffre à servir une tête malsaine.

D. SANCHE

Que les pères ont tort de tenir leurs enfants Eloignés de la cour, à se rouiller aux champs !

MERLIN

Et vos lettres, monsieur?

D. SANCHE

Garde-les ; qu'ai-je à faire De lire les fatras d'un impertinent frère, Puisqu'il est dans Madrid, et que je le vais voir? Mais dis-tu vrai, Merlin, que tu n'as pu savoir Le nom ni le logis de sa femme future?

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