ET AUTRES
D. ALVARE
Amorce le fusil.
D. JAPHET
Je suis mort sans remède.
D. ALVARE
Ou je me trompe fort, ou je vois un voleur Qui va par le balcon voler le commandeur ; Qu'on lui mette d'abord du plomb dans la cervelle.
D. JAPHET
Ah I messieurs, suspendez la sentence mortelle : Je ne suis point voleur, je ne suis seulement Qu'homme à bonne fortune, ou bien fidèle amant; De plus, on m'a battu bien fort depuis une heure : Si frais battu, messieurs, est-il juste qu'on meure?
D. ALVARE
A grands coups de cailloux qu'on le fasse baisser.
D. JAPHET
Cailloux à moi! Bon Dieu! ce serait me blesser;
Un grand seigneur blessé ne vaut pas le moindre homme.
D. ALVARE
Ce n'est qu'un discoureur, vite qu'on me l'assomme.
RODRIGUE
Tirerai-je?
D. ALVARE
Oui, tirez.
D. JAPHET
Tout beau, ne tirez pas, Je ne vaux rien tiré.
D. ALVARE
Jette-toi donc en bas.
D. JAPHET
Vous save2 ce (ju'on fait à quiconque se tue, Et que s'homicider est chose défendue.
LE COMMANDEUR
Faisons le dépouiller, et jeter ses habits.
D. ALVARE
Cavalier amoureux, loyal comme Amadis,
Ou les cailloux sur vous vont pleuvoir d'importance,
Ou bien dépouillez-vous, sans faire résistance.
De vos chers vêtements, pour nous en faire un don.