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SCÈNE III LE HARANGUEUR, DON ALVARE, ELVIRE

LE HARANGUEUR

Ah ! seigneur don Alvare, un horrible malheur Aujourcrhui nous prépare une histoire tragique.

D. ALYARE.

Quoi donc, seigneur Pedro ?

LE HARANGUEUR

Ce fou mélancolique Avait un secrétaire en habit d'écolier : Ce n'en était pas un, c'était un cavalier, Eperdument épris d'amour pour Léonore.

D. ALYARE.

Elle raime?

LE HARANGUEUR

Elle Taime, et même elle l'adore :

Ce bienheureux amant dans sa chambre introduit. Où vraisemblablement il a passé la nuit, Fait bien voir qu'elle Taime, et qu'elle en est aimée.

D. ALYARE.

Et comment l'a-t-on su ?

LE HARANGUEUR

Sa chambre mal fermée Les a laissés surprendre à notre commandeur ; Soit qu'il fût averti, soit que le seul malheur Ait conduit notre maître à voir sou infamie^ Lorsqu'il pensait trouver une nièce endormie. Il ne s'est point troublé, le térpéraire amant ; Aux cris du commandeur, nos gens en un moment Sont venus bien armés au secours de leur maître ; L'autre valet du fou, camarade peut-être De ce jeune écolier, s'est mis à son côté ; Et lui, sans s'effrayer de l'inégalité, A fait tout ce qu'eût fait le plus brave des hommes. Oui, jamais il n'en fut en la terre où nous sommes, De plus vaillant que lui : c'est un Roland, un Gid, n a blessé nos gens jusques au plus petit ; Notre commandeur même est blessé dans l'épaule : Enfin on a saisi cet Amadis de Gaule, Et sous son jupon noir qui le décréditait. Non sans étonnement, on a vu qu'il portait Un riche vêtement, non d'un homme ordinaire, Mais bien d'un grand seigneur, soi-disant secrétaire. Quoique pris, on l'a vu conserver sa fierté. Gomme un jeune lion dans les fers arrêté. Madame Léonor dans sa chambre est pâmée. Où notre commandeur l'a lui-même enfermée.

ELYIRE.

Quel étrange malheur!

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