SCÈNE IV D. ALPHONSE , LE COMMANDEUR , ELVIRE , D. ALVARE
D. ALPHONSE, en habit de cavalier, et lié.
Quand je devrais mourir....
LE COMMANDEUR
Tu dois mourir aussi.
D. ALPHONSE
J'en aurais fait mourir avant ma mort bien d'autres, A moins d'être accablé du grand nombre des vôtres.
LE COMMANDEUR
Exécrable assassin !
D. ALPHONSE
Mon crime est mon amour, Je serai trop heureux quand je perdrai le jour.
Tu n'es qu'un imposteur.
D. ALPHONSE
Je suis un misérable.
LE COMMANDEUR
Et moi infâme nièce...
D. ALPHONSE
Est un ange adorable.
LE COMMANDEUR
Ah! je la punirai, je le dois, je le puis.
D. ALPHONSE
Oses-tu sans respect parler d'elle où je suis?
Si je n'étais lié, ta bouche criminelle
Ne hasarderait pas des blasphèmes contre elle.
LE COMMANDEUR
Méchant! tu l'as séduite, et ta condition Est chose supposée et pure invention.
D. ALPHONSE
D est vrai, commandeur, j'ai ta nièce séduite. Nous devions elle et moi demain prendre la fuite. Je l'adore, elle m'aime, et m'a donné sa main ; Que n'exécutes -tu ton arrêt inhumain?
Sa bouche d'un soupir rendra ma mort heureuse C'est là l'ambition de mon âme amoureuse. Si mon trépas lui coûte une larme, un soupir, Je mourrai de l'amour le glorieux martyr.
373 DON JAPUET D*ARMBNIE.
LE GOMBfANDEUR.
Je te ferai mourir au milieu des supplices.
D. ALPHONSE
Les plus cruels tourments me seront des délices, Puisqu'ils me serviront chez elle à mériter.
LE GOMMANDEUB.
Dis ton nom, scélérat! ou je te vais planter Ce poignard dans le sein. ^.
D. ALPHONSE
C'est toute mon envie :
Si le perds Léonore, ai-je à faire de vie! Délivre-moi le bras, doone-moi ton poignard, Et je me percerai le cœur de part en part. Tu veux savoir mon nom, je le saurais bien taire. Au bieu de mon amour s'il était nécessaire ; Pour la peur de cent morts je ne le dirais pas, Un amant comme moi ne craint point le trépas : Mais pour justifier ma flamme, il le faut dire, Je m'appelle Enriquez, voilà ma sœur Elvire, Et ma mère est ici malade, et moi je suis Prêt de te satisfaire autant que je le puis : Si ce que je te dis t'irrite davantage. Exerce dessus moi ton poîgaard et ta rage.
ELVIRE
Ah , mon frère I
D. ALPHONSE
Ah, ma sœur ! laissez-moi donc parler Que délibère-t-on? je suis tout prêt d'aller. Pour réparer ma faute, épouser Léonore, Ou bien perdre le jour, que sans elle j'abhorre ; Et je répète encor que je bénis mon sort. Si mon ange visible a regret à ma mort.
Le valet de Japhet étant un don Alphonse, Vous délier moi-même est toute ma réponse. Vous priant d'oublier tout ce qui s'est passé.
D. ALPHONSE
C'est à vous d'oublier, vous êtes l'offensé.
LE COMMANDEUR
J'espère qu'entre nous finira la querelle, Vous donnant Léonore et mon bien avec elle.
D. ALPHONSE
C'est m'élever au trône en me tirant des fers, Et me porter au ciel au sortir des enfers.