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ACTE V, SCÈNE VII

D. JAPHET

Tu viens de me la rompre, abominable bête? Parle donc vilement.

LE COURRIER

Je n'ai point à parler.

D. JAPHET

Et pourquoi non, bourreau! que je dois étrangler?

LE COURRIER

Parce que ce paquet de tout vous doit instruire.

D. JAPHET

Lis-le donc vitement.

LE COURRIER

Je n'ai jamais su lire.

D. JAPHET

Qu'un autre lise donc.

LE COURRIER

Je le sais tout par cœur.

Fais-en donc le récit. •

LE COURRIER

De par moi, l'Empereur.

D. JAPHET, à l)art.

De ce visage-là je garde quelque idée.

Et j'ai vu quelque part cette face ridée.

LE COURRIER

L'héritier du soleil, le grand Mango-Capac, Souverain du pays d'où nous vient le tabac. Prit Coïa Mama sa sœur en mariage.

Du pays du Pérou la fille la plus sage; Du valeureux Mango, de la belle Coïa, Est sortie en nos jours Tinfante Ahihua ; Elle arrive à Madrid pour être baptisée : De mon cousin Japhet qu'elle soit l'épousée, Je leur donne un impêt que j'ai mis depuis peu Tant sur les perroq^uets qui sont couleur de feu, Que sur les lamantins du grand fleuve Orillane, Et mes prétentions aiir la riche Goyane.

D. JAPHET, à part.

Le traître de courrier ressemble au renifleur. Faites-moi voir un peu le seing de l'empereur.

LE COURRIER

Le voilà bien écrit de sa dextre royale.

LE COMMANDEUR

Il n'en faut point douter.

LE COURRIER

La dame occidentale A deux vaisseaux chargés de précieux bijoux, De gorges de griffons, de peaux de loups-garoux, De baume gris-de-lin, de vézugues musc[uées, De grandes pièces d'or non encor fabriquées.

D. JAPHET

Bon cela.

LE COURRIER

De guenons qui parlent portugais, De gros diamants bruts et de rubis balais.

D. JAPHET

Est-ce tout?

LE COURRIER

Ce n*est pas la centième partie :

Mais il faut faire grâce à votre modestie.

D. JAPHET

Mais ne seriez-vous point ce maudit renifïeur,

Ou du moins te parent de ce mauvais railleur?

Si ce malheureux-là m'avait Tait le message,

Je romprais là-dessus tout net un mariage.

L'empereur mon cousin s'en dût-il offenser.

Eh bien I la belle Iris, vous pouviez bien penser

Qu'un homme comme moi ne manque point de femme,

Vous avez avec nous un peu fait la grand'dame ;

Je m'en vais épouser l'infante Ahihua,

Qui va me réjouir comme un alléluia :

Et vous, son cher galant, jadis mon secrétaire,

Vous m'avez fait du bien, en me pensant mal faire ;

Je vous sais fort bon gré de m'avoir supplanté ;

Coquettes et cocus ont grande affinité ;

Coquette avec coquet ne trouve pas son compte,

Et coquet de coguette a toujours de la honte.

Vous avez bien joué le Roc Zurducaci,

Vous en êtes content, et je le suis aussi.

Et vous, le commandeur, qui me l'aviez promise,

Un grand fourbe est gîté dedans votre chemise ;

Certains petits discours parvenus jusqu'à moi,

Me font beaucoup douter de votre bonne foi ;

Vos fréquents compliments, votre reniflerie.

L'affaire du balcon et la mousqueterie,

Tout cela contre vous fait un procès-verbal,

Qui vous condamne d'être à jamais animal ;

Si ce n'est qu'un Japhet doit mépriser l'offense,

César est son parent, malheur à qui l'offense ;

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