ACTE III, SCÈNE IX
MARINE
Ah, VOUS êtes étrange I Je n'aurais pu moi-même aussi bien controuver.
D. LOUIS
Une difficulté reste encore à lever :
Est-ce la seule fois qu'en amant téméraire Tu t'es caché chez moi ?
D. SANCHE
Bons dieux! q«e dois-je faire?
Le mensonge me sert, la vérité me nuit; Mais cessons de mentir. Je passai l'autre nuit Caché dans ton balcon.
D. LOUIS
Tu sautas dans la rue?
O. SANCHE
Je ne le puis nier.
D. LOUIS
Ta mort est résolue.
Défends-toi, si tu peux.
D. CARLOS, sortant d'où il est caché.
C'est à moi, c'est à moi.
De le punir encore.
Et que me veux- tu, toi.
Qui m'étant inconnu, viens m'attaquer en traître?
D. CARLOS
Je t'ai pourtant donné sujet de me connaître, Ce fut lorsque mon bras tout ton sang répandit, Ou bien lorsque le tien si mal te défendit.
P, SANCHE
Tu te livres toi-même à ma juste vengeance.
D, LOUIS
Mon cousin, laissez-moi punir son insolence.
FABRICE; , entre et veut frapper doa 8anebe.
Point de quartier, main basse.
MARINE l'arrête.
Arrête, malheureux !
o. SANGHB.
C'est donc contre moi seul trop peu que de vous deux?
D. GARLOS.
Il dit vrai : s'en venger avec tant d'avantage. C'est moins une action de valeur que de rage. Ta faiblesse te sert, don Sanche, sauve-toi ; Tu n'auras désormais qu'à te garder de moi.
Don Carlos n'est pas seul à menacer ta vie.
D. s ANCHE.
Il ne tiendra qu'à vous d'en passer votre envie. Qui seul contre vous deux se croit hors de danger, Seul contre un de vous deux peut bien se partager.
D. CARLOS
Garde après ta victoire une telle insolence, Et battu dans Madrid, sois modeste à Valence.
GÂRDILLE, parlant bas à son maître.
N'allez pas faire ici le vaillant indiscret,
Et filez doux, seigneur, quoiqu'avecaue regret :
Pour moi, sans me piquer de faire 1 âme forte.
Hardi comme un lion, je viens d'ouvrir la porte.
Sauvons-nous.
D. SÂNCHE, se retirant.
A demain, Castillan fanfaron.
D. LOUIS
Insolent I souviens-toi qu'on te traite en poltron.
D. SANGHE.
Je veux prendre mon temps pour vous battre à mon aise.
GARDILLE, fermant la porte après soi.
Et moi, je vous enferme. Adieu, race mauvaise.
Le lâche éprouvera la valeur de mon bras.
FLORE
Ah ! battez-vous, mon frère, et ne l'outragez pas : D'un homme sans honneur la victoire est honteuse, Et d'un homme d'honneur la haine est généreuse. Avoir à vaincre un homme et le perdre d'honneur, C'est manque de prudence, ou bassesse de cœur.
D. LOUIS, à part.
On voit dans ses discours sa criminelle flamme.
D. GARLOS, à Léonore.
Tu ne peux me cacher le plaisir de ton âme.
De voir don Sanche encore échappé de mes mains.
LÉONORE
Il est vrai, cher Carlos, je t'aime, et je le crains.
D. GARLOS.
Tu n'es pas avec lui d'intelligence? infâme!
LKONORE.
Cesse de m'outrager, cher époux.
D. GARLOS.
Toi, ma femme!
Appelle ton époux, ce lâche qui s'enfuit.