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ACTE III, SCENE IX

Qui vient te visiter et le jour et la nuit.

Qu'il te faut peu de temps pour te faire connaître I

Si tu voyais mon cœur I

D. CARLOS

Je verrais un grand traître.

LÉONORE

Te dois-tu prendre à moi de tes emportements?

D. CARLOS

As-tu cru conserver à la fois deux amants?

LÉONORE

Cruel I tu ne crois pas tout ce que tu m'imputes.

D. CARLOS

Ah ! c'est perdre le temps en de vaines disputes. Mon cousin, désormais je ne fais rien ici, Puisque de vos soupçons vous êtes éclairci. Je veux donc aujourd'hui sortir de cette ville, Léonore chez vous n'a plus besoin d'asile, Puisque chez le rival qu'elle m'a préféré, Elle trouve celui qu'elle a tant désiré. Son père est à Valence, il faut qu'il en dispose : Après tant de rumeur gue chez vous elle cause, Votre sœur se plaindrait avec juste raison, D'avoir à la garder encore en sa maison. Cependant que don Sanche exalte sa vaillance, Qu il dise que la peur me chasse de Valence; Que Léonore l'aime, et qu'il me pousse à bout : Qu'il me l'ôte, il en est quelque chose après tout : Non qu'il me fasse peur, mais le laisser en vie, Ce me serait sans doute une grande infamie, Si mon cœur généreux qu'elle a traité si mal, Ne respectait en elle un trop heureux rival : Et ce dernier service en une âme équitable, Serait de tous les miens le plus considérable; Mais l'ingrate qu'elle est, pour ne me devoir rien. Dira qu'elle le hait, et qu'elle m'aime bien.

Oui, je le hais ; je t'aime, ou plutôt ie t'adore : Mais toi, cruel I tu hais la pauvre Léonore.

O. CARLOS

C'est encore t'ai mer que ne te pas haïr.

Toi qui m'as pu tromper, toi qui m'as pu trahir.

LÉONORE

Ce reproche dernier m'achève, et te délivre

De l'objet odieux qui sans toi ne peut vivre. Je me meure.

Elle s'évanouit.

D. LOUIS

Elle tombe, hé I prenez-la, ma sœur.

Marine!

MARINE

C'en est fait.

D. CARLOS, à part.

J'en mourrais de douleur.

FLORE

Portons-la dans ma chambre.

On l'emporte.

MARINE

Elle respire encore.

Sauvons, mon cher cousin, la vie à Léonore,

Si quelque humain remède est encor de saison;

Je la distingue encor d'avec sa trahison;

Et si cet accident allait finir sa vie,

Sa mort serait bientôt de la mienne suivie.

D. LOUIS

Et pour elle, et pour vous, y prenant intérêt, Je vais voir chez ma sœur en quel état elle est.

Il sort.

D. CARLOS

Non, laissons-la mourir, il n'y va plus du nôtre,

Puisqu'elle ne vit plus que pour le bien d'un autre.

Mais avec ses défauts ne Tadores-tu pas?

Et pourrais-tu, mon cœur, survivre à son trépas?

Quand tu détestes plus son humeur infidèle,

Ne te souviens-tu pas à quel point elle est belle?

Faible cœur! qui ressens plus vivement l'effet

Du mal qu'elle a souffert, que du mal qu'elle a fait,

A quoi vont t'engager tes nouvelles tendresses?

Songe aux maux que t'ont fait ses trompeuses caresses ;

Songe combien de sang notre bras répandit

A l'infidélité que l'ingrate nous fit;

Songe combien de sang on aurait pu répandre,

Si l'on eût obligé don Sanche à se défendre;

Et songe, faible cœur, à quoi t'obligera

Le honneur d'un rival qui la possédera.

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