‹ Théatre completChapitre 360 sur 407 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DON PÈDRE, DON LOUIS, DON CARLOS, DON SANCHE, LÉONORE, CARDILLE, MARINE.

D. PÈDRE

Qu'aperçois-je ? cfu'entends-je ?

Et le ciel permet-il enfin que je me yenge? Ehl Yois-je pas don Sanche, et n'a-t-il pas nommé Don Carlos ?

D. LOUIS, à part.

Eh, bon Dieu ! que n'est-il enfermé ?

D. PÈDRE

Parle, es-tu don Carlos, l'objet de ma colère !

Oui, je suis don Carlos, prêt à te satisfaire, Si tu veux m'écouter.

D. PÈDRE

Ah 1 Je n'écoute pas Des satisfactions que j'attends de mon bras. Don Sanche, don Carlos, venez, cruels! ensemble; Que le commun péril contre moi vous assemble : Puisqu'un crime commun qui blesse mon honneur, Mérite également d'éprouver ma fureur^

D. LOUIS

Don Pèdre, suspendez votre colère encore, Vous serez satisfait. Don Sanche, as-tu y\x Flore ?

D. SANCHE

Et trop vue !

D. LOUIS

Et dis-moi, t'a-t-elle proposé Le moyen le plus sûr, cotnme le plus aisé. De contenter don PèdrCj et d'apaiser ta flamme ?

D. SANCHE

Dis plutôt le moyen de me rendre un infâme. C'est bien moi qui prendrai les restes d'un rival! Léonore ou la mort m'est un malheur égal.

D. LOUIS

Don Pèdre, vengeons donc notre offense commune.

D. CARLOS, se mettant au côté de don Sancbe.

Arrête, don Louis, j'ai part en sa fortune.

Vous prenez son parti ?

D. CARLOS

Je le prends, et le doi.

D. PÉDRB.

Nous sommes deux à deux.

D. CARLOS

Don Pèdre, écoute-moi.

Quand indigne du nom des auteurs de mon être. Par cent noirs attentats d'un scélérat, d'un traître. J'aurais noirci ma vie, et ton honneur blessé, Si contre mon dessein je t'avais offensé, Si mon intention n'était pas criminelle, La tienne passerait pour injuste et cruelle; Et quand on te verrait à ma perte animé, Je serais plaint peut-être, et tu serais blâmé ; La seule intention augmente ou diminue L'action la plus noire, ou la plus ingénue : Suspens donc ta colère, et d'un esprit plus sain, Vois si de t'offenser j'eus jamais le dessein. Je vis ta Léonore, et cette fille aimable. En beauté sans pareille, en esprit adorable, Dès le même moment, du moins le môme jour. Que je brûlai pour elle, eut pour moi de Pamour. Quand entre deux amants l'amour est partagée, Elle n'est pas longtemps sans être soulagée. Mais ce n'est pas assez dans l'empire amoureux, D'aimer et d'être aimé, pour être bien heureux. On voit de mille amants les espérances vaines ; Flatter jusqu'à la mort leurs mutuelles peines ; Et Ton voit mille amants, se croyant près du port, Y trouver la tempête, et maudire leur sort. Dans le temps que ta fille en son amour fidèle Me croyait plus donner des marques de sou zèle, Mes yeux furent trompés d'une jalouse erreur ; Autant que je l'aimais, elle me fit horreur. Mais pour ne l'aimer plus, pour la croire infidèle. Je ne m'offris pas moins à tout faire pour elle ; Je la mis à couvert de ton juste courroux, Et je voulais aussi lui trouver un époux : Ainsi tu m'eusses dûThonueur de Léonore.

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