‹ Théatre completChapitre 361 sur 407 · ACTE V, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vil

Vois par là si ta haine est légitime encore, Et songe que mon sang peut sur toi rejaillir : L'amour peut m'excuser, comme il m'a fait faillir. GaJme donc les transports d'une juste colère : Prends pitié de ta fille, et lui rends un bon père.

D. PÈDRE

Puisqu'elle est sans honneur, elle ne m'est plus rien.

D. GÂRLOS.

Si je suis son époux, mon honneur est le sien.

D. PÈDRE

Vous me rendez l'honneur, le repos et la joie.

D. LOUIS

Mais de tous vos soupçons, que voulez^vous qu'on croie ?

D. CARLOS

Que j'aime Léonore, et que de mon erreur Son innocence enfin triomphe dans mon cœur.

LÉONORE

Il est donc vrai, Carlos, qu'eafin ma patience Bannit de ton esprit l'injuste défiance? Tu ne doutes donc plus que je ne t'aie aimé Tout ce que peut aimer un cœur bien em flammé : Tu m'aimes maintenant, à cause que je t'aime : Est-il quelqu'autre amant qui ne m'aimàt de même? Alors que ton esprit cessant de m'estimer. Ta raison t'ordonna de ne me plus aimer, N'était-ce pas assez pour châtier mon crime. Que n'avoir plus pour moi ni d'amour ni d'estime ? Mais, Carlos^ tu joignis l'outrage au châtiment. Et tu fus inhumain dans ton ressentiment. Le moins heureux captif dans les plus rudes chaînes, Souffre moins qu'en tes fers je n'ai souffert de peines. Tu m'as vue à tes pieds mille fois fondre en pleurs : Je t'ai vu d'un œil sec regarder mes douleurs : Mais tout cela n'était que de légers supplices. Tu m'affligeas aussi par d'importuns services. Oui, ta fière rigueur en son plus grand excès, Ne m'affligea pas tant que.firent tes bienfaits. Cependant cette fille ingrate et criminelle, N'était que malheureuse, et fut toujours fidèle ; Et celui qu'elle aima d'un amour éternel, La condamna toujours, et fut seul criminel. Nos seos soDt trop enclins à croire l'imposture. Pour n'avoir plus à craindre une telle aventure ; Tu crois trop tôt le mal sans l'avoir avéré. Pour vivre avecque toi dans un calme assuré.

Mais quoi qu'avecque toi j'aie beaucoup à craindre, Je ne te puis haïr, moins encore le feindre ; Vainement ma raison m'exhorte à t' oublier, Mon cœur n'y consent pas, je ne puis le nier.

D. CARLOS

Ahl que vous vous vengez d'une façon cruelle! Qu'on se venge aisément alors que l'on est belle, Et que votre bonté me donne de remords, Me cause de'tourmçnts, pires que mille morts !

D. PÉDRB.

Il n'est plus question de plaintes amoureuses, Mais bien de donner ordre à vos noces heureuses, De rendre grâce au ciel, qui finit vos malheurs, Et qui fait succéder l'alégresse aux douleurs,

Il ne plaît pas au ciel que j'en dise de même ; Mais je veux que don Sanche...

D. CARLOS

A votre sœur qu'il aime, Donne sans différer la conjugale foi.

Et que ce couple imite, et Léonore, et moi. Approuvez donc l'hymen de don Sanche et de Flore.

D. LOUIS

J'approuve, et je souhaite un parti qui l'honore.

D. CARLOS

Don Sanche, approchez-vous du seigneur don Louis : Devenez tout d'un temps frères et bons amis ; Combattons à l'envi d'amitiés mutuelles.

Et que le souvenir de toutes nos querelles Nous serve à l'avenir de divertissement. Et pardonnez, ami, ce que je fis amant.

D. SANCHE

Vous réparez trop bien les sanglantes blessures...

D. CARLOS

Eh I de grâce, oublions ces tristes aventures.

LÉONORE

Soyez au moins d'accord, vous et votre rival. Qu'une fausse apparence est un dangereux mal.

GARDII^LE, se battant tout seul.

Je pars, et tout d'un temps faisant feinte à la vue, Je lâche le pied droit et donne une venue.

MARINE

Et contre qui, grand fou, te sers-tu de ton bras?

CARDILLE.

Et grand'foUe, dis-moi, ne nous battons-nous pas?

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