SCÈNE III
ELISE , seule.
Princesse malheureuse, et qu'un indigne sort Contraint dès sa jeunesse à souhaiter sa mort I Le ciel ne te fit donc d'une illustre naissance. Que pour faire aux mortels redouter sa puissance ! Il te ravit un trône à ta naissance acquis, De tes propres sujets il fait tes ennemis : Et du choix d'un époux t'ôtant le privilège. Il te rend vers ton père ingrate et sacrilège. Mais des ordres d'un père on se peut dispenser, Quand une foi promise est honteuse à fausser : On peut me faire choir d'un trône héréditaire, Mais me rendre inconstante, on ne le saurait faite : Je t'aimerai toujours, soit que loin de ces lieux,
Ton âme dans le ciel ait place entre les dieux, Soit qu'entre les mortels où tu vis plein de gloire. Tu conserves encore Elise en ta mémoire ; Soit qu'un ingrat oubli la chasse de ton cœur, Je f aimerai toujours d'une constante ardeur, Prince, qui méritais une autre destinée ; Prince, le seul espoir d'Elise infortunée.