SCÈNE II
SÉBASTE, ÉLISE, NICANOR, ALGONE, AMINTAS.
SÉBASTE, parlant à Amintas.
Je VOUS cherchais, seigneur : eu ces mots vous verrez, Ce que veut Orosmane, et vous lui répondrez.
KICANOR.
Et que peuvent avoir mon fils et ce corsaire A démêler ensemble ?
SÉBASTE.
Une importante affaire.
Amintas me regarde, et rougit, et pâlit.
ALGIONE.
Quelque chose le trouble en ce billet qu'il lit.
AMINTAS
Ce billet est pour vous, plus que pour moi, madame ; Que de troubles divers s'élèvent dans mon âme I
ELISE, après avoir lu.
Vous me gardiez encore un si cruel malheur.
Grands dieux ! et vous souffrez qu'un pirate, un voleur,
Noirci déjà d'un crime à mon repos funeste,
Attaque mon honneur, le seul bien qui me reste !
Amintas, vous pourriez douter de ma vertu,
Si je ne publiais ce que vous avez tu ?
u En vain, prince Amintas, tu brûles pour Élise, (( Et tu veux devenir son époux et son roi : « Elle a depuis longtemps disposé de sa foi ;
« Depuis longtemps elle est éprise « D'un prince digne d'elle, et plus heureux que toi. »
Un prince qui n'est plus, il est vrai, m'a servie,
Il m aimait^ je l'aimais, et s'il était en vie.
Je l'aimerais encore ; il serait mon époux,
Et je n'aurais jamais que des dédains pour vous.
La douleur de sa mort m'avait déterminée
A ne vivre jamais sous les lois d'hyménée.
Je change de dessein : mais je me mets à prix ;
D'Orosmane sans vie, ou d'Orosmane pris,
La tête criminelle à ma fureur promise,
Vous laisse encor l'espoir d'un royaume et d'Élise;
Un tel présent vous fait son époux et son roi.